Lettre de Liaison N°365 – 6 janvier 2025
Lettre de Liaison N° 365 – 6 janvier 2025 :
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– On ne peut que se réjouir de la chute du régime de Bachar El-Assad. Mais pendant qu’un intérêt légitime se porte sur la Syrie, Israël accentue encore ses massacres, poursuit la destruction du système de santé et utilise la famine comme une arme de guerre. Le courant Front Unique réaffirme que notre fédération doit se placer inconditionnellement au côté du peuple palestinien écrasé par l’État d’Israël. Notre fédération doit combattre pour le boycott d’Israël dans tous les domaines.
– Mayotte a été dévastée par un terrible cyclone. Dès le départ, l’État a été gravement déficient et encore aujourd’hui, les populations peinent à recevoir eau et nourriture. En plus, celles qui s’étaient réfugiées dans des bâtiments en dur en sont maintenant chassées. Le nouveau gouvernement Macron-Bayrou-Retailleau a décidé d’accentuer la lutte contre une partie des sinistrés. 3 ministres mettent en avant le « désordre » et le « chaos » migratoires. Et Bayrou souhaite remettre davantage en cause le droit du sol. On voit bien que le gouvernement est sur le même terrain que le RN. Avec sa politique de traque contre les habitants dits en situation irrégulière, le gouvernement menace de provoquer une terrible catastrophe sanitaire.
– Le nouveau gouvernement a les mêmes objectifs que son prédécesseur. Il a aussi la même méthode : la concertation. Le 17 décembre, les organisations patronales et syndicales, à l’exception de la CGT, se sont adressées aux « élus et responsables politiques » dans une véritable offre de service qu’elles concluent ainsi : « Les interlocuteurs sociaux seront comme toujours au rendez-vous du dialogue et de la responsabilité. » Elles écrivent également : « (…) la négociation collective et la construction de compromis, est en capacité d’apporter des réponses concrètes. Nos organisations en ont fait encore récemment la démonstration. »
Mais quelle est cette démonstration récente ? Il s’agit de la convention sur l’assurance chômage adoptée par les mêmes organisations en novembre et qui a été agréée par le gouvernement démissionnaire le 19 décembre. Elle prévoit de réduire le taux de contribution des entreprises. Elle décline les conséquences de la réforme des retraites aux chômeurs. Et surtout, elle prévoit une économie de 2,4 milliard pour l’Unedic en 4 ans allant bien au-delà de la demande gouvernementale.
– On comprend que pour le gouvernement, cette convention chômage soit un modèle à imiter en particulier pour les retraites. Ainsi le 5 janvier, lors de l’émission Questions politiques, la ministre du travail a rappelé « la méthode » à laquelle le gouvernement est attaché, à savoir « laisser la main aux partenaires sociaux avec un impératif de finances publiques ». Le gouvernement espère donc que lesdits « partenaires sociaux » accepteront de renoncer à la revendication d’abrogation de la réforme des retraites et prendront en charge eux-mêmes son adaptation aux nouvelles contraintes de financement affichées dans le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites.
– Qui peut douter que les déclarations d’amour aux agents formulées par le nouveau ministre de la Fonction publique sont empreintes de cynisme et d’hypocrisie ? L’agenda ministériel est assez clair. Marcangeli a précisé à Corse Matin qu’il évoquerait avec les représentants des agents, y compris « les sujets qui fâchent ». Et il indique « Nous avons besoin de réformes (…) parce qu’elles sont là, prêtes, parce qu’elles font l’objet d’un consensus politique (…) ».
– Le nouveau gouvernement est un ennemi déterminé des travailleurs. Comme son prédécesseur, il est à la merci du soutien du RN auquel Bayrou a donné des gages. Fragile à l’Assemblée, ce gouvernement compte d’autant plus sur le soutien des dirigeants syndicaux.
Notre fédération doit cesser d’en appeler à faire « primer l’intérêt général ». Elle doit renoncer à déclarer que « La seule méthode qui devra prévaloir sera celle du dialogue social ».
Elle doit rompre avec ce nouveau gouvernement et combattre pour la défense de nos seules revendications. A commencer par l’abrogation de la contre-réforme des retraites et l’augmentation immédiate de 10 % du point d’indice.
Résultat du vote d’orientation dans la FSU :
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Nous remercions vivement les 1 128 syndiqués
qui ont voté pour le courant Front Unique.
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Nous progressons de 297 voix par rapport à 2021 et notre représentativité passe de 2,36 à 2,60 %. Nous devançons le courant URIS (de 114 voix) et sommes à 29 voix du courant Émancipation.
Forts de ce succès, nous continuerons à déployer avec vigueur notre orientation et en particulier :
– Pour que les directions syndicales rompent tout dialogue « social » avec le pouvoir.
– Pour qu’elles réalisent un front uni pour empêcher ses contre-réformes et pour imposer la satisfaction de nos revendications.
– Pour qu’elles soutiennent le peuple palestinien, peuple opprimé, colonisé et écrasé par l’État d’Israël. Et pour qu’elles appellent au boycott d’Israël dans tous les domaines.
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Intervention du courant Front Unique au Bureau national de la FSU (9 décembre 2024)
Le 4 décembre, le RN a scellé le sort du gouvernement Macron-Barnier et de ses budgets en votant la motion de censure déposée par les députés du NFP.
Les semaines précédentes, le gouvernement et ses soutiens avaient multiplié attaques et provocations contre les fonctionnaires et tout particulièrement contre les enseignants.
Aussi ceux-ci étaient tout disposés à prendre la main en se mobilisant contre le gouvernement et ses projets de budget.
Mais pour cela, encore aurait-il fallu que les directions syndicales centralisent leur mobilisation en appelant à une immense manifestation à l’Assemblée pour interdire l’adoption des projets de budget.
En refusant d’ouvrir cette perspective, ces directions syndicales dont celle de notre fédération ont permis au RN de reprendre la main, en provoquant la chute du gouvernement, la veille de la journée d’action du 5.
Qu’en Argentine, en Grèce, en Géorgie et en Corée, les manifestants déferlent invariablement vers et devant leur parlement, peu importe pour nos dirigeants, eux qui appellent invariablement à manifester sur tout le territoire, à l’exclusion de la seule Assemblée Nationale.
Dans la situation actuelle, l’intersyndicale qui a conduit les travailleurs à la défaite sur les retraites, ose écrire, dans son communiqué du 5 décembre :
« Nos organisations appellent le chef de l’Etat et l’ensemble des acteurs à faire primer l’intérêt général sur leurs intérêts individuels ou partisans de court terme. »
Le même jour à la télé, Macron appelait à la formation d’un gouvernement « d’intérêt général ».
L’intérêt général, c’est ce qu’évoquent les gouvernements au service de la bourgeoisie, pour s’acharner contre les travailleurs, les jeunes, les chômeurs et les retraités, pour tailler en pièces les acquis sociaux, pour gonfler le budget militaire et celui de la police au détriment de la santé, de l’enseignement etc.
Si les travailleurs se sont dotés de syndicats, c’est pour qu’ils défendent leurs propres intérêts et pas ceux de leurs ennemis.
Dans le communiqué intersyndical de la FP du 6 décembre, on lit :
« La seule méthode qui devra prévaloir sera celle du dialogue social (…). »
Mais c’est justement par la méthode du dialogue social que le gouvernement parvient à mettre à sa table les représentants syndicaux pour discuter de ses plans contre les travailleurs.
Et cela est encore plus vrai pour un gouvernement faible qui ne peut compter que sur ce soutien, quand tous les autres lui font défaut.
Nous savons que le successeur de Barnier poursuivra la mission de son prédécesseur.
Notre fédération doit refuser de collaborer avec ce prochain gouvernement au travers du dialogue social.
Elle doit exiger la satisfaction des revendications et en particulier la hausse immédiate du point d’indice de 10 %.
Elle doit indiquer publiquement que toute tentative de reprise des attaques contre les travailleurs conduira à l’appel à une manifestation centrale à Paris pour s’y opposer.
