Lettre de liaison N°339 – 3 avril 2023

Lettre de Liaison N°339 – 3 avril 2023

Lettre de Liaison N° 339 – 3 avril 2023 :

[Version pdf]

La FSU doit refuser de participer à la réunion à Matignon le 5 avril, et s’adresser aux autres directions syndicales pour qu’elles fassent de même

Depuis 2 mois et demi des millions de travailleurs et de jeunes combattent pour le retrait de la contre-réforme des retraites du gouvernement Macron-Borne.

Mais malgré des manifestations massives convoquées dans le cadre de dix journées d’actions, le gouvernement est parvenu à son objectif, l’adoption le 20 mars de sa réforme par le recours au 49.3.

En complément, le gouvernement a multiplié des violences policières inouïes, particulièrement contre les jeunes, dans les manifestations contre la réforme des retraites.

A Sainte-Soline, les policiers et les gendarmes se sont déchaînés avec la volonté de terroriser et de blesser grièvement les manifestants.

Pourtant, l’Intersyndicale n’a pas réagi à ce déferlement de violences policières alors que la Ligue des droits de l’homme et même le Conseil de l’Europe les ont dénoncées.

Le gouvernement tout en assumant pleinement cette terrible répression généralisée veut également prouver qu’il est capable d’obtenir des dirigeants syndicaux qu’ils reprennent la concertation après l’adoption de la réforme des retraites.

Tant Macron que la 1ère ministre ont répété qu’il n’y aurait ni pause, ni suspension de la réforme.

Dans une interview au quotidien La Montagne le 1/04, Borne indique que l’objet de la réunion de mercredi, c’est en fait la discussion sur la mise en œuvre de sa réforme, la discussion sur ses décrets d’application : « Cette loi est adoptée… ça n’existe pas de faire une pause… il y a toute une discussion qu’il faut qu’on ait pour être bien d’accord sur qui cela concerne par des décrets »

Le cadre de la réunion de mercredi à Matignon est donc on ne peut plus clair.

Si clair que PS, PCF, LFI ont déclaré qu’ils boycotteraient cette invitation.

Or à la suite de Berger de la CFDT et de certaines autres organisations syndicales, Sophie Binet, nouvelle secrétaire générale de la CGT a annoncé que l’Intersyndicale unie se rendrait à la réunion du mercredi 5 avril, convoquée par Borne. Aussitôt la 1ère ministre s’est réjouie de cette participation annoncée.

La FSU n’a pas à être embarquée par cette annonce faite en clôture du congrès de la CGT.

On ne peut pas être pour le retrait de la réforme et simultanément apporter un soutien au gouvernement que l’on combat par la participation à sa réunion du 5 avril. Qui plus est, la veille d’une nouvelle journée d’action.

Nous réitérons la conclusion de notre intervention au Bdfn du 27 mars :

« Alors que, depuis plus de deux mois, les travailleurs et la jeunesse se mobilisent pour le retrait de la contre-réforme des retraites, alors que la répression atteint son paroxysme, accepter de discuter avec le gouvernement constituerait un acte de trahison pur et simple.

La responsabilité du BDFN de la FSU est claire : c’est d’affirmer que le préalable à toute discussion avec le gouvernement, c’est le retrait pur et simple de la contre-réforme des retraites. Et les représentants de la FSU doivent porter ce mandat au sein de l’intersyndicale.

Tout autre positionnement fournirait à Macron un soutien précieux, voire décisif. »

Le courant Front Unique demande instamment au secrétariat général de la FSU qu’il décide de boycotter la réunion du mercredi 5 avril à Matignon et qu’il s’adresse aux directions des autres organisations de l’Intersyndicale pour qu’elles fassent de même. Il ne peut y avoir de discussions avec le gouvernement sans le retrait pur et simple de la contre-réforme des retraites.

Intervention du courant Front Unique au Conseil national de la FSU, le 14 mars 2023

Ce CDFN de la FSU se tient alors que Macron et son gouvernement semblent en mesure de faire adopter définitivement leur projet de contre-réforme des retraites dans les jours qui viennent.

S’ils y parvenaient, cela constituerait non seulement un coup majeur porté aux travailleurs, mais aussi un point d’appui pour décupler l’offensive tous azimuts contre les autres acquis ouvriers, contre les services publics et les statuts des fonctionnaires, contre les travailleurs immigrés, contre les libertés démocratiques et droits ouvriers à commencer par le droit de grève.

Des dizaines de mesures et de projets réactionnaires sont actuellement suspendus au-dessus de la tête des travailleurs et des jeunes comme autant d’épées de Damoclès. Les conditions dans lesquelles les travailleurs et la jeunesse pourraient s’efforcer d’en parer les coups dépendent totalement de la victoire ou de la défaite sur la question des retraites en ce moment crucial. Inutile, donc, de parler d’autre chose.

Depuis janvier, par centaines de milliers, les travailleurs ont démontré à de nombreuses reprises leur disponibilité pour le combat, par des manifestations massives. Ils ont dans le même temps clairement rejeté les propositions de « grève reconductible » et autres opérations de dispersion, convaincus par l’expérience que ces dispositifs ne menaient qu’à la défaite.

L’évidence aurait dû conduire depuis longtemps les dirigeants syndicaux à œuvrer au rassemblement de cette force là où les choses se décident : à l’Assemblée Nationale. Il serait encore possible, dans l’urgence absolue, qu’une manifestation aussi massive que possible y soit convoquée, dans le but d’interdire l’adoption du projet. Ce devrait être la seule responsabilité de ce CDFN que d’y appeler.

Ce n’est pas le dispositif retenu à ce jour par l’intersyndicale, au contraire : Benoît Teste nous apprend que le 16, date potentielle d’adoption définitive de la loi, les dirigeants de l’intersyndicale prévoient d’aller se pavaner, seuls, devant l’Assemblée, pour une conférence de presse. Les travailleurs seraient, eux, invités à se rassembler sur les « places publiques »… à l’exception d’une seule : le parvis de l’Assemblée !

Ce n’est pas le dispositif retenu par le projet de texte « Action », qui semble tenir l’adoption définitive du projet de loi comme une certitude et agite pour une date ultérieure la perspective d’une « manifestation nationale à Paris » une fois que les carottes seraient cuites !

Si une défaite devait être infligée aux travailleurs, faute de réel appel au combat, les dirigeants syndicaux en porteraient l’entière responsabilité.