Lettre de liaison N°278 – 25 février 2018

LETTRE DE LIAISON


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Intervention du
représentant Front Unique au BDFN de la FSU du 19/2/2018

 

Il est parfaitement logique que l’offensive du
gouvernement contre la Fonction Publique et le statut général soit au
cœur des discussions de ce BDFN. Mais dans l’enseignement public, où la
FSU et ses syndicats pèsent d’un poids décisif, il y a urgence :
avec l’ « adoption » crapuleuse de la loi Vidal sur
l’université, la destruction de l’enseignement public de la maternelle à
l’université, la liquidation du droit aux études pour la jeunesse à tous
les niveaux ont déjà commencé
.

 

Bernadette Groison vient de nous dire que « la
discussion vient de commencer » sur les projets de contre-réformes dans
nos secteurs. J’affirme que c’est une véritable blietzkrieg du
gouvernement qui vient de commencer.

Ainsi, la loi Vidal qui instaure la sélection à l’entrée
à l’université a été adoptée au pas de charge dans le cadre d’une
« procédure accélérée » au maximum : un accord trouvé en commission avec
les sénateurs LR a permis au gouvernement de s’épargner les frais d’un
passage en seconde lecture. Les membres de ladite commission ont indiqué
eux-mêmes à la presse quels étaient leurs objectifs : tout d’abord,
épargner au ministre Blanquer, qui a décrété l’application de la loi
avant même qu’elle soit votée, de se trouver en fâcheuse posture ; mais
surtout, « éviter que les lycéens et les étudiants ne descendent dans la
rue » à un moment où, ici ou là, de véritables assemblées générales
étudiantes ont commencé à se réunir.

Il faut bien évidemment le dire : c’est une filouterie
anti-démocratique. Mais c’est aussi un produit du « dialogue social » –
car des dizaines de rencontres sur le projet de loi Vidal ont eu lieu
entre le gouvernement et les dirigeants syndicaux depuis l’été !

 

La loi Vidal en instituant la sélection tire un trait
sur le droit aux études pour les générations à venir. Les amendements
apportés en commission induisent aussi la destruction de l’université
publique elle-même : les « capacités d’accueil » de chaque filière
seraient ainsi déterminées par les perspectives d’ « insertion
économique » des jeunes diplômés – ce qui constitue une menace mortelle
contre de nombreuses filières et sur le principe même de l’université.

 

Le gouvernement Macron réalise ainsi ce que les
différents gouvernements bourgeois n’étaient parvenus à réaliser depuis
des décennies, ce qui n’a pu être mis en place ni en 1968, ni en 1986.
Mais ce coup historique porté à l’enseignement public ne sera pas sans
conséquence dramatiques : nous savons que, dès la rentrée prochaine, des
dizaines de milliers de bacheliers vont se retrouver sans affectation.
De durs combats sont inévitables contre cette forfaiture.

 


    La première responsabilité de ce Bureau National,
c’est de se prononcer pour l’abrogation de cette loi
.

 




 

La loi Vidal participe également d’une offensive
générale et parfaitement cohérente contre l’enseignement public dans son
ensemble, et ce n’est pas un hasard si les projets de « réforme » du
lycée et de l’apprentissage ont été présentés dans la foulée de
l’adoption de cette loi.

 

Le projet de réforme Blanquer parachève la fin du
droit aux études supérieures en liquidant le caractère national du bac,
1er grade universitaire
. Mais en liquidant
le bac, la contre-réforme liquide aussi le caractère national des
programmes disciplinaires, des horaires disciplinaire, et c’est le sens
du « lycée modulaire » : elle menace des disciplines en tant que telles,
et au-delà le métier même des enseignants, leurs statuts.

Le quotidien Les Echos a commenté le projet
Blanquer en des termes suffisamment éloquents pour montrer que le
gouvernement n’a reculé sur rien : « (…) les
effets de cette réforme seront nécessairement plus profonds pour les
enseignants et les établissements comme pour les élèves. Puisque ceux-ci
vont désormais pouvoir construire leurs parcours de 1ère et de
terminale, c’est la demande d’enseignement qui va déterminer l’offre des
enseignants, donc leur volume horaire (…) Temps de travail des
professeurs, pluridisciplinarité, nombre d’élèves par classe,
organisation des établissements, c’est un vaste maelstrom qui se prépare
dans l’Education Nationale. »

Le projet de réforme de l’apprentissage a pour
première signification la destruction de l’enseignement professionnel
public, le rétablissement de la tutelle patronale sur les jeunes en
formation professionnelle
. Le
financement de l’enseignement professionnel public est siphonné au
profit d’un déversoir de subventions et cadeaux multiformes aux CFA et
entreprises privés. Mais ce projet va plus loin en faisant sauter toutes
les limites à l’exploitation des apprentis – allant jusqu’au travail de
nuit, aux semaines de 40 heures. Mais c’est aussi la limite d’âge qui
disparaît, puisque des contrats d’apprentissage pourraient être proposés
à n’importe quel âge !

Il y a une cohérence totale entre tous ces projets :
destruction de l’enseignement public, fin du droit aux études et, en
lieu et place de formation, la surexploitation tout au long de la vie !

 

La responsabilité du BDFN de la FSU, c’est de se
prononcer et pour l’abrogation de la loi Vidal, et pour le retrait des
projets de réforme Blanquer et sur l’apprentissage. Et la première chose
à faire dans ce sens, c’est de refuser toute participation aux « groupes
de travail » chargés de mettre ces réformes en place.

 

Enfin, j’ai comme chacun ici pris connaissance de la
résolution adoptée par la section académique du SNASUB-FSU
d’Aix-Marseille au sujet des concertations organisées par le
gouvernement en vue de liquider la Fonction Publique. Le SNASUB
d’Aix-Marseille « s’oppose fermement à toute
participation de la FSU au Cap 2022 dès lors que l’objectif premier de
la réduction des dépenses publiques notamment par l’abandon des missions
du service public. Dans ce contexte, il est hors de question de négocier
quoi que ce soit ! »

L’introduction à la discussion effectuée par Bernadette
Groison elle-même montre que les « groupes de travail » convoqués par le
gouvernement n’ont d’autre objectif que d’associer les syndicats à la
mise en œuvre de ces objectifs : les 120 000 suppressions de postes, la
liquidation de pans entiers de la Fonction Publique, le recours
systématiques aux contrats précaires en lieu et place des emplois
statutaires, la liquidation de fait des statuts.

Il y a une continuité totale entre les projets de
contre-réforme dans l’enseignement et le dispositif CAP 22.

 

C’est pourquoi la FSU doit refuser toute
participation aux groupes de travail, et exiger le retrait pur et simple
des projets du gouvernement.

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