Lettre de liaison N° 248 – 5
mai 2015
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Pour le retrait pur et simple de la réforme des
collèges!
Intervention du représentant Front Unique au Bureau National de
la FSU
A la mi-avril, après 28 jours de grève,
la grève la plus longue et la plus déterminée depuis des années, les
travailleurs de Radio-France ont subi une défaite brutale et amère. Pour qui
veut trouver les voies du combat contre le gouvernement, contre ses
contre-réformes en avalanche, un bilan clair de cette défaite doit être tiré.
Ce bilan, c’est, certes, que les
travailleurs ne peuvent engager le combat sans se saisir pour cela de leurs
organisations syndicales ; mais c’est aussi qu’ils ne peuvent espérer vaincre
s’ils laissent la direction de leur mobilisation aux dirigeants syndicaux.
Si cette grève a été aussi longue et
déterminée, c’est que les travailleurs de Radio-France l’ont imposée. Ils l’ont
imposée, parce qu’ils étaient unis par des mots d’ordres clairs : retrait du
plan de suppressions de poste, non à la “syndication” qui permet de remplacer
les émissions locales de France Bleu par des plages communes, non à la
suppression d’un orchestre sur les deux.
Dans un premier temps, les responsables
syndicaux, bon gré, mal gré ont dû se soumettre à la volonté des travailleurs
telle qu’elle s’exprimait à travers des assemblées massives – même s’il faut
souligner que les dirigeants de la SNJ se sont d’emblée comportés en jaunes,
n’appelant qu’à un seul jour de grève en 28 jours, barrant la voie de la grève
générale du groupe.
Mais les dirigeants syndicaux ont
constamment cherché à renouer le « dialogue » avec le gouvernement, sur le
terrain des plans que les travailleurs rejetaient : accueil favorable par l’UNSA
et la CFDT des « propositions » de Fleur Pellerin pour licencier autrement,
appel unanime des dirigeants syndicaux à l’intervention d’un « médiateur », en
l’occurrence Chertier, ancien conseiller de Raffarin, ancien président de
l’UNEDIC et ancien membre de la direction de Safran. Un personnage dont le
pedigree ne pouvait laisser aucun doute sur ses intentions !
Les travailleurs de Radio France en
avaient manifestement conscience, qui ont continué à voter le retrait des plans
de la direction et ont demandé à plusieurs reprises la rupture des discussions.
Enfin, le 15 avril, c’est une trahison
frontale qui a conduit à la fin de la grève : au lendemain d’une rencontre avec
Pellerin, à la veille d’un conseil des ministres, 4 directions syndicales sur 5
ont retiré leurs préavis, contre l’avis de l’assemblée générale des grévistes –
la CGT ne prolongeant, quant à elle, que d’une seule journée pour mieux faire
passer la pilule. Télérama, Mediapart nous l’ont indiqué : les travailleurs de
Radio France avaient pleinement conscience de la trahison et l’ont fortement
exprimé, à tel point que les dirigeants syndicaux n’ont pu se présenter lors de
l’AG suivante.
Ainsi, la défaite s’explique
essentiellement par ce fait : s’ils ont pu imposer pendant un temps l’appel à la
grève, les travailleurs de Radio France ne sont jamais parvenus à constituer
leur comité de grève pour diriger leur mouvement, pour y intégrer les syndicats
et les soumettre à leur volonté. Même massives, les AG sont restées
« consultatives » jusqu’à la fin. C’est ce qui a permis aux dirigeants syndicaux
de faire en définitive ce choix ravageur : pour le dialogue social, aux côtés du
gouvernement, contre les revendications des travailleurs.
C’est cette leçon qu’il faut dégager
pour les combats qui ne manqueront pas de survenir à l’avenir : pour vaincre,
les travailleurs devront d’emblée chercher à imposer leur contrôle sur la
mobilisation. Ils devront pour commencer briser le fil du « dialogue » continu
qui relie les directions syndicales au gouvernement, au détriment des
travailleurs.
Cette leçon est précieuse, et les
enseignants doivent l’avoir à l’esprit, à l’heure où ils aspirent à engager le
combat pour imposer le retrait du projet de contre-réforme des collèges de
Vallaud-Belkacem.
Il ne fait aucun doute que c’est
l’opposition croissante des collègues à ce projet qui a conduit une forte
majorité de représentants syndicaux enseignants, notamment ceux du SNES et du
SNEP majoritaires, à rompre les négociations sur ce projet avec
Vallaud-Belkacem, le 31 mars. Auparavant, les discussions se déroulaient sans
accroc et les dirigeants syndicaux avaient multiplié les signaux encourageants
pour la ministre – par exemple en appuyant la parodie de consultation sur le
« socle commun ».
Il ne fait aucun doute que c’est
l’opposition des collègues au projet de contre-réforme qui a conduit une
intersyndicale largement majoritaire à appeler à la grève le 19 mai, pour le
retrait de ce projet.
Pour autant, à ce stade, le
gouvernement et sa ministre Vallaud-Belkacem poursuivent toujours avec une
relative assurance la mise en place de leur contre-réforme :
•
Le 10 avril, Vallaud-Belkacem
pouvait proclamer que son projet avait obtenu un vote favorable « majoritaire »
du Conseil Supérieur de l’Education, étant sous-entendu que les opposants à son
projet ne seraient qu’une « minorité ». Elle s’appuyait pour cela sur les
représentants de l’enseignement privé, le MEDEF, les représentants de l’UNSA ou
du SGEN, etc. Mais surtout, elle pouvait s’appuyer sur le fait que, dix jours
après avoir rompu les discussions, les dirigeants syndicaux enseignants
acceptaient de siéger et réclamaient même la reprise du « dialogue » !
•
Dans la foulée, les projets de
nouveaux programmes étaient rendus publics : ils entérinent la suppression de
tous les horaires disciplinaires nationaux et annuels, la liquidation des
disciplines elles-mêmes dans une espèce de bouillie, la morale faisant, elle,
son entrée à tous les niveaux pour se substituer aux savoirs. Vallaud-Belkacem
entend s’appuyer sur la participation des dirigeants syndicaux à la
« consultation » sur ces programmes pour mieux avancer.
•
Enfin, sur fond de déclarations de
soutien émanant de tout le gouvernement ou du PS, Vallaud-Belkacem s’est fendue
d’un courrier officiel mensonger de bout en bout, où elle affirme créer des
postes alors que son projet aboutira à en liquider par milliers, « conforter »
l’enseignement des langues alors que son projet aboutira à le laminer, maintenir
l’enseignement du latin alors que les heures dévolues aux langues anciennes
seront supprimées, renforcer la liberté pédagogique des enseignants alors que
son projet les réduira au rang de factotums pédagogiques, etc.
Ce qui se conçoit bien s’énonce
clairement : seule une mobilisation résolue sur le mot d’ordre clair de retrait
du projet de réforme Vallaud-Belkacem, retrait pur et simple, pourrait
aujourd’hui empêcher le gouvernement d’aller jusqu’au bout.
Se prononcer pour le retrait pur et
simple de la contre-réforme, c’est exiger le retrait des projets de programme
qui en sont l’application. C’est boycotter et appeler au boycott de la
« consultation » annoncée par la ministre à partir du 11 mai.
Pour obtenir le retrait pur et simple
de la contre-réforme, personne ne croit qu’une simple journée de grève suffira :
alors il faut créer les conditions pour que les enseignants puissent s’organiser
et contrôler leur mouvement. Il faut appeler nationalement à des assemblées
générales, pour une conférence nationale de délégués élus dans les
établissements.
J’observe qu’actuellement, les
dirigeants syndicaux enseignants, et notamment ceux de la FSU, semblent au
contraire battre en retraite : plus on se rapproche du 19 mai, plus le mot
d’ordre de retrait tend à disparaître des tracts et des plateformes pour laisser
la place à des catalogues de revendications qui laissent la porte ouverte à la
reprise du « dialogue » avec la ministre.
En conséquence, je demande qu’une
courte motion soit soumise au vote du Bureau National :
« La FSU et ses syndicats se prononcent
pour le retrait pur et simple du projet de réforme des collèges. »
Interventions des dirigeants
syndicaux
SNES: "Le SNES tiendra une
conférence de presse la semaine prochaine sur la réforme du collège. On a dit
depuis le début que nous voulions une réforme mais pas celle-là (…)
Concernant les programmes, on ne peut pas prendre une décision à
l’emporte-pièce car lorsqu’on entre dans le détail les réalités sont très
différentes selon les disciplines." (traduction : la direction du SNES ne
demandera pas le retrait de ces projets)
SNUIPP :"Les nouveaux programmes
vont plutôt dans le bon sens (…) il est hors de question pour nous de demander
le retrait de ces programmes"
Bernadette Groison (secrétaire générale
FSU): "Pour le 19 mai, tout le monde ne dit pas la même chose. On va avoir
beaucoup de mal à faire passer le message qu’il faut bien entendu une réforme
des collèges (…) ce qu’on porte c’est l’idée d’une réforme".
Résultat du vote : 3 pour
(représentants des courants Emancipation et Front Unique), 10 contre (dont les
dirigeants SNES-SNEP-SNUipp), 11abstentions (dont les représentants des courants
EE-URIS), 4 NPPV
