LETTRE DE LIAISON



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Le gouvernement Hollande-Valls-Macron-Pinel
:

Un gouvernement de guerre contre les travailleurs, les
fonctionnaires, l’enseignement public.

 

La responsabilité des dirigeants
syndicaux, FSU et ses syndicats nationaux, CGT, FO est de :

– cesser de soutenir ses contre-réformes :décrets abrogeant les décrets de 1950, rythmes scolaires.

– rompre la collaboration avec lui, notamment par la
participation au « dialogue social ».

– appeler à une manifestation centrale massive à
l’assemblée nationale pour empêcher la majorité des députés du PS et du PCF
d’adopter le budget 2015.

 

La deuxième mouture du gouvernement dirigé par Valls est un
gouvernement de guerre contre les travailleurs, un gouvernement dont le
premier acte a été de déclarer son « amour » aux patrons à l’université
d’été du MEDEF. Pour le MEDEF et Gattaz, en pleine lune de miel avec
Hollande et Valls, si cette déclaration d’amour est une bonne nouvelle, il
en faut des preuves. C’est donc après le pacte de responsabilité, le code du
travail, les « 35 heures », le travail du dimanche, la chasse aux chômeurs
qui sont à l’ordre du jour. Rien ne serait plus faux que de croire que la
fonction publique et tout particulièrement l’enseignement, premier budget de
l’Etat, pourraient se trouver à l’écart de la grande bataille lancée pour
« restaurer les marges » des entreprises, c’est-à-dire tenter de rétablir
leur taux de profit.

Avec l’abrogation des décrets de 1950, le gouvernement ouvre la voie à
une attaque généralisée contre les statuts.

Les décrets de 1950, ligne de défense des enseignants du second degré
depuis 64 ans, viennent donc d’être abrogés par le décret du 20 août 2014.
Même si celui-ci semble conserver la définition du service, dans la réalité,
il introduit comme obligations toute une série de tâches aux formulations
parfois ambiguës (aide et suivi des élèves), dans le cadre de la durée
légale du travail dans la fonction publique (1607 heures), et en renforçant
substantiellement les pouvoirs du chef d’établissement. Pour le moment le
décret n’est appliqué que dans les établissements REP+, une centaine, comme
expérimentation, et dans ce cadre, les heures de réunions hebdomadaires
obligatoires viennent d’apparaître dans les services des enseignants.

Il s’agit donc bien d’une nouvelle définition du métier, d’une
augmentation du temps de travail dont le potentiel est énorme, et d’une
augmentation de la soumission aux chefs d’établissement.

Or ce décret est passé grâce à la complicité des directions syndicales,
et principalement de la direction du Snes, premier syndicat du secteur,
syndicat historique. En effet, la direction du Snes a constamment participé
aux discussions préparant le décret, reconnaissant ainsi le cadre même de la
liquidation des décrets de 50. Au moment de la grève des professeurs de CPGE,
elle a accepté de rentrer dans deux mois de concertation supplémentaire, et
en février a présenté les résultats de cette concertation comme positifs.
Dans la presse syndicale, l’Université syndicaliste, un article venait même
condamner les décrets de 1950 comme peu protecteurs. Le 27 mars, alors que
les ministres préparaient leurs cartons, toutes les directions syndicales
ont participé au CTM dont la tenue était une étape nécessaire à la
liquidation des décrets de 1950. La délégation des syndicats de la FSU s’y
est abstenue (sauf le SNUEP-FSU qui a voté contre) pour permettre au
gouvernement de revendiquer une « majorité » favorable à son décret (UNSA et
CFDT).

Il faut le dire si le décret du 20 août 2014 pouvait effectivement
s’appliquer à la rentrée 2015 ce serait une victoire politique majeure pour
le gouvernement et la bourgeoisie française. Aujourd’hui, s’il est encore
temps de mener le combat, cela implique de saisir la direction du Snes pour
qu’elle cesse sa politique de soutien au gouvernement et au décret abrogeant
les décrets de 1950 ! Il faudra lui imposer qu’elle se prononce pour
l’abrogation de ce décret.

Rythmes scolaires.

A la rentrée, toutes les communes de France sont passées sous le régime
des nouveaux « rythmes scolaires ». En fait de rythmes il s’agit d’une
cacophonie généralisée .Il n’y a plus aucun cadre commun et national à
l’organisation du temps scolaire, celui-ci étant totalement soumis aux
communes dans le cadre des PEDT, et aux associations intervenant dans les
écoles pour occuper le temps « périscolaire » devenu plus important en terme
d’organisation que le temps scolaire lui – même. Dans bien des communes ces
activités sont payantes, comme par exemple à Lyon, ce qui introduit une
remise en cause de la gratuité de l’enseignement par le biais du
« péri-scolaire ». Le fait, d’ailleurs, que la mesure n’ait aucun caractère
d’obligation pour l’enseignement privé, pousse un certain nombre de parents
pour des raisons pratiques à envoyer leurs enfants vers ces établissements :
voilà le résultat de la politique d’un gouvernement qui nous fait des
discours sur la laïcité (charte, projet d’enseignement d’une morale laïque)
et agit à l’inverse.

L’explosion du cadre et de l’organisation du temps scolaire a des
conséquences sur les services des enseignants. Dans leur emploi du temps,
mais aussi dans la définition même de leur service. Les professeurs des
écoles amenés à intervenir au cours d’une même semaine sur des écoles aux
organisations tellement différentes, se voient dans l’impossibilité
d’effectuer leur service légal. Le gouvernement a donc annualisé leur
service par un décret, le 20 août 2014, qui permet de leur imposer jusqu’à 3
heures supplémentaires hebdomadaires non rémunérées avec récupération
ultérieure si le « service » le permet. C’est un pas supplémentaire vers
l’annualisation du temps de service de tous les enseignants.

Là aussi ce coup majeur a été possible par la position de la direction
du Snuipp, principal syndicat des enseignants du primaire, qui s’est opposée
à la volonté des enseignants d’engager le combat, notamment à Paris en
décembre 2012 et février 2013, et ne s’est jamais prononcée pour le retrait
du décret préparé par le gouvernement.

Pour défendre l’école publique et ses personnels, la responsabilité de
la direction du Snuipp est d’exiger l’abrogation de ce décret, l’arrêt de la
contre-réforme « rythmes scolaires » et l’abrogation des décrets qui
l’organisent (décrets Peillon et Hamon).

Contre le statut de fonctionnaire.

Appuyé sur la liquidation des décrets de 1950, le gouvernement entend
bien poursuivre ses attaques. Le 2 septembre était publié le décret
complétant les dispositions contre le statut des enseignants-chercheurs, la
touche Fioraso permettant de donner toute la mesure au précédent décret
préparé par Pécresse. Le 9 septembre se sont ouvertes des discussions,
amenées à durer jusqu’en mars 2015, sur les rémunérations, les carrières des
fonctionnaires. Il s’agit de « revoir les mécanismes d’avancement à
l’ancienneté des agents pour mieux reconnaître le mérite » selon la revue
Acteurs publics. En clair, après 5 ans de gel du point d’indice, il s’agit
de mettre fin à l’augmentation de la masse salariale de la fonction
publique, tout le monde ayant compris ce qu’est le salaire « au mérite ». Il
s’agit aussi de diminuer le nombre de corps de fonctionnaires, permettre la
fluidité entre les catégories (A, B, C, les fonctions publiques, d’Etat,
territoriales, hospitalière) c’est-à-dire nommer les fonctionnaires là où
l’Etat estimera en avoir besoin, indépendamment des concours, professions,
qualifications, et notamment de la fonction publique dans laquelle ils ont
été recrutés. On comprend l’utilité d’une telle mesure pour effectuer des
transferts vers les collectivités territoriales, entre les collectivités et
dans le cadre de la politique de destruction massive de postes de
fonctionnaires qui se poursuit.

Arriver à faire baisser durablement la masse salariale dans la fonction
publique est un enjeu majeur pour le gouvernement qui doit trouver 50
milliards d’euros d’ici 2017 afin de financer ses plans de cadeaux au
patronat. C’est notamment l’enjeu des budgets à venir, à commencer par celui
de 2015. La discussion sur les fonctionnaires rentre totalement dans cette
politique budgétaire. Pour autant aucune fédération de fonctionnaires n’a
refusé d’entrer dans les discussions, la responsabilité des directions
syndicales est pourtant de refuser même de mettre un orteil sur le terrain
de la destruction des statuts dans la fonction publique. La responsabilité
des directions syndicales est aussi engagée quant au budget qui va être
présenté à l’Assemblée nationale ! Contre l’application concrète du pacte de
responsabilité, avec toutes ses conséquences, il est nécessaire d’appeler à
une manifestation centrale à l’Assemblée nationale afin d’empêcher
l’adoption de cette loi de finances.

La « bombe démographique » (Café pédagogique).

Les exigences budgétaires de la bourgeoisie se heurtent aussi à la
réalité de la démographie scolaire, ce que chaque enseignant peut constater
en cette rentrée en allant chercher des chaises et des tables
supplémentaires pour installer ses élèves. Les discours de B. Hamon sur le
« bon budget » de l’enseignement public, qui est en hausse de 1 milliard, et
permettrait de sécuriser les promesses de création de postes, doivent être
mis en face des réalités : pour 9400 emplois d’enseignants qui doivent être
créés en 2015 et permettre de totaliser 26 000 créations d’ici 2017, ce sont
69 000 contrats aidés, 10 000 emplois d’avenir professeurs, 48 300 emplois
d’assistants d’éducation, une avalanche de précarité ! Surtout, cela ne
suffira pas à absorber l’accroissement démographique, selon le site Café
pédagogique, « au primaire on attend 35 600 élèves supplémentaires à la
rentrée 2014, 23 400 en 2015 », « dans le second degré on comptera 27 500
élèves supplémentaires à la rentrée 2014 et 29 500 en 2015. La vague
démographique touche le lycée où les effectifs vont augmenter de 24 000
élèves en 2014, et de 49 000 en 2015 ». Toujours plus d’élèves, et toujours
plus de pression : comment trouver les 50 milliards d’économie sans réduire
le premier budget de l’Etat ?

La solution ce sont des « réformes » de structures, elles ont été déjà
été annoncées par le commissariat à la prospective début juillet : il faudra
supprimer des heures dans le second degré, et tout particulièrement au
lycée, les services du ministère ont aussi sorti les règles à calcul, 1086
heures annuelles de classe dans le secondaire, contre 900 en moyenne dans
l’OCDE, ou encore 10 800 euros par an pour un élève français, 11 000 au
lycée, et 15 000 dans les classes préparatoires. Absorber le choc
démographique, en continuant à baisser les dépenses exige de sabrer dans les
heures de cours, « dans la plupart des pays européens les lycéens se
spécialisent à partir de la première et ne gardent que 5 ou 6 disciplines »…
Ce qui vaut pour le lycée, vaut pour tout l’enseignement.

            « Le
monde moderne se moque bien de ce que vous savez. Il s’intéresse à ce que
vous savez en faire
 ».

Voilà ce que déclare au Monde du 29/08, Andreas Schleicher, le grand
patron de PISA et directeur de l’éducation à l’OCDE. Il donne le ton des
contre-réformes « pédagogiques » qu’il reste à mener. Faire exploser les
programmes, pour les remplacer par la logique du curriculum où ce que l’on
apprend est choisi localement, et ainsi faire éclater tout cadre national de
connaissances et donc les définitions horaires strictes, cesser d’évaluer la
capacité des élèves à apprendre raisonner et rédiger, mais passer aux
« compétences » c’est-à-dire à l’employabilité, voilà la pédagogie qui
adapte l’élève au monde moderne. Le gouvernement a ressorti une nouvelle
version du livret de compétences pour le primaire et le collège qui a été
approuvée par les directions syndicales au prétexte qu’il y avait
« culture » en plus à la fin. Mais il va aussi ouvrir une consultation sur
les programmes, à l’école et au collège, ainsi que sur l’évaluation. Le
gouvernement prétend qu’elle doit être bienveillante, sous-entendant de
façon peu subtile que les enseignants seraient les responsables sadiques des
mauvaises notes des élèves. Aux côtés du gouvernement, aboient les
mouvements pédagogiques et autres gauchistes pour qui l’enseignement est une
institution fondée pour humilier les élèves. Il faut ajouter que les chefs
d’établissement ont déjà commencé à annoncer la couleur, ils surveilleront,
en dehors de toute légitimité d’ailleurs, les notes que mettent les
enseignants. Non seulement cela ne relève nullement de leur compétence, mais
cela confirme la place que pourra avoir la « liberté » pédagogique pour les
enseignants, par exemple une fois le décret du 20 août 2014 mis en œuvre, où
le projet d’établissement régira les relations dans le collège et le lycée
sur le terrain « pédagogique ». Mais cette offensive pour passer à
l’évaluation par compétence de façon généralisée, est surtout une manière de
s’attaquer aux diplômes et aux qualifications. C’est en effet encore une
fois le bac qui est au centre, car il existe encore comme diplôme national
anonyme donnant droit d’entrée à l’université, malgré les efforts faits
depuis des décennies pour l’affaiblir, y introduire des épreuves en cours de
formation, lui faire perdre tout crédit par ses résultats mêmes (le bac 2014
a établi encore un record de réussite, ce qui ne peut que laisser pantois).

Le gouvernement entend associer les directions syndicales à cette
nouvelle offensive. Elles y sont prêtes, et elles appellent, comme le Snes,
à participer et à se saisir des « journées banalisées », que le gouvernement
a eu l’heureuse idée de mettre en place. Au contraire la responsabilité des
directions syndicales afin de libérer les enseignants de la pression, serait
d’appeler au boycott des journées banalisées, et de refuser de participer à
toute discussion pour la mise en œuvre de programmes qui n’ont qu’un but :
déqualifier un peu plus l’enseignement.

Une échéance politique proche : le budget 2015.

Si en juin, une loi de finance rectificative est venue ajouter aux
coupes budgétaires déjà prévues pour 2014, l’essentiel des mesures annoncées
dans le pacte de responsabilité, suppression massive de cotisations
patronales, volant d’économies à imposer en « contrepartie » à la fonction
publique et à la sécurité sociale doit être adopté pour le budget 2015.
Cependant, cette politique de soutien aux capitalistes, si elle est celle
d’un gouvernement qui se veut de combat, est, bien entendu, strictement
opposée au sens du vote de 2012, tant à la présidentielle qu’aux
législatives. Les travailleurs et les enseignants se sont saisis de leur
bulletin de vote pour chasser Sarkozy et sa politique. Ils ont élu une
majorité PS PCF. Les grincements qu’on peut entendre parmi les députés du PS
par rapport à la politique du gouvernement Hollande-Valls-Macron-Pinel ne
doivent pas engendrer la moindre illusion sur le fait que, de leur propre
mouvement, les députés PS pourraient s’opposer sérieusement  au
gouvernement. Elles n’en illustrent pas moins  la contradiction qui réside
entre l’existence d’une majorité PS – PCF à l’Assemblée et la constitution
du gouvernement Valls, avec aux manettes de l’économie le représentant de la
banque Rothschild.

Il faut donc imposer à cette majorité du PS et du PCF de refuser de
voter le budget 2015 et la loi de financement de la Sécurité Sociale qui
concentrent les attaques du gouvernement contre les travailleurs. C’est la
responsabilité des dirigeants syndicaux d’organiser le combat dans ce sens,
ce qui signifie : appeler les travailleurs et les jeunes  à manifester
massivement à l’Assemblée nationale au moment de la discussion budgétaire en
octobre, dans ce but.

Cela suppose que les mêmes dirigeants syndicaux CGT, FO, FSU rompent
vraiment avec ce gouvernement, quittent réellement la table du dialogue
social, à l’inverse du simulacre auquel ils se sont livrés en juin
lorsqu’ils ont quitté la table de la Conférence sociale… pour 24 heures en
promettant de revenir à la concertation dès le lendemain !

C’est sur cette orientation que les militants pour le front unique des
organisations syndicales dans l’enseignement public entendent regrouper les
collègues, les organiser afin d’imposer aux dirigeants syndicaux qu’ils
reprennent les exigences et revendications des travailleurs, au lieu de
permettre au gouvernement d’appliquer le programme du MEDEF par la méthode
du dialogue social, ce qui implique de l’affronter.

 

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