Lettre de liaison N° 220 – 5 novembre 2013 [Version pdf]
La première chose qu’il revient de faire
à ce BDFN de rentrée, c’est de saluer la jeunesse qui combat, celle qui s’est
mobilisée spontanément avant les vacances contre l’expulsion de ses camarades.
Sans cette mobilisation, aujourd’hui, la chasse aux immigrés menée par le
gouvernement jusqu’au sein des établissements scolaires ne serait pas même
remise en cause.
Ils réclament le retour des jeunes
expulsés et de leurs familles. Aucun obstacle ne doit être opposé à ce que le
front unique se réalise aujourd’hui sur cette exigence : avec les syndicats
enseignants, mais aussi avec les organisations ouvrières, CGT et FO.
Les enseignants sont concernés au
premier chef par ces expulsions. La question qui se pose, concrètement, dans les
établissements, c’est : que ferons-nous si demain, nous sommes confrontés à la
même situation que l’enseignante de Leonarda Dibrani ? Est-il encore permis
d’enseigner à tous les jeunes, sans distinction, sans avoir un agent de police
dans le dos ? Les collègues aspirent à résister.
La « réponse » de Hollande aux lycéens –
proposer à une lycéenne de rentrer sans ses parents ! – ne se résume pas à un
mélange d’abjection et de stupidité. Hollande a affirmé que les expulsions de
jeunes étaient « légales » : mais précisément ! Le fait est que les lois
racistes, les lois héritées de Sarkozy, sont pourries. Le fait est que, parmi
les aspirations exprimées par les travailleurs et la jeunesse en chassant
Sarkozy et en portant au pouvoir une majorité PS-PCF, il y avait la volonté que
ces lois racistes soient abrogées, ouvrant la voie à la régularisation de tous
les « sans papiers ».
En s’exprimant ainsi, Hollande a montré
que derrière Valls, il y avait tout le gouvernement. Et si actuellement, les
instituts de sondage et les médias s’autorisent à conforter la propagande
xénophobe, si à Montauban le maire UMP interdit l’accès à la cantine ou aux
transports scolaires pour les enfants d’immigrés, si le FN a le vent en poupe,
c’est parce que tous sont confortés par la politique du gouvernement ! On parle
souvent de « combattre les idées du FN » dans la FSU : à l’évidence, combattre
le FN et tout ce qu’il représente, cela commence par combattre le gouvernement
et sa politique.
Si Valls a jugé possible d’accentuer
encore sa politique de chasse aux immigrés en la menant jusqu’au sein des
établissements d’enseignement public, c’est parce qu’il s’appuie sur une
circulaire négociée fin 2011 avec les dirigeants syndicaux. Ces mêmes
dirigeants, parmi lesquels les dirigeants de la FSU, y saluaient à l’époque de
prétendues « avancées » : pourtant la circulaire Valls a allongé le temps de
scolarisation nécessaire à la régularisation des jeunes. Sans elle, ni Leonarda
ni Khatchik n’auraient été expulsés !
Alors, il n’y a rien à attendre de la
négociation d’une « nouvelle loi » telle que la réclament aujourd’hui les
dirigeants syndicaux : la responsabilité de la FSU et de ses syndicats, c’est au
contraire de réaffirmer son « mandat » pour l’abrogation des lois racistes et la
régularisation de tous les « sans-papiers ».
Deux autres points suscitent
actuellement une forte opposition des enseignants :
–
La contre-réforme dite des « rythmes scolaires » : la préparation de nombreuses
grèves dans le premier degré, les 13 et 14 novembre, montrent une fois de plus
que le rejet de cette contre-réforme par les collègues ne se limite pas à Paris
ou à Aubervilliers ! Et les collègues ont raison : la mise en place des
« rythmes scolaires », c’est la destruction du cadre national de l’enseignement
public et des statuts. Mais il faut le constater : dans cette affaire, a
contrario de la volonté croissante des enseignants, la direction du SNUipp
s’oppose de manière acharnée à l’exigence d’arrêt immédiat de la contre-réforme.
Elle constitue aujourd’hui l’obstacle principal au combat des enseignants : ils
devront, dans leur mobilisation, imposer à leur syndicat majoritaire de se
soumettre à leur exigence.
–
La demi-journée du 13 novembre : c’est une nouvelle demi-journée de corvée, lors
de laquelle les enseignants sont mis à la disposition de leurs autorités
locales, d’autant plus odieuse aux enseignants qu’elle est présentée comme le
« rattrapage » d’une journée déjà travaillée ! Ce qui est en cause, ce sont les
décrets de 1950 instituant les statuts, et tout particulièrement la définition
des services en termes d’heures de cours. La responsabilité de la FSU et de ses
syndicats enseignants est claire : ils doivent signifier au ministre qu’il n’est
pas question de transiger avec les statuts, appeler les collègues à boycotter
partout cette demi-journée.
