Lettre de liaison
N° 218 – 15 octobre 2013 [Version pdf]
Application de la contre-réforme
dite des « rythmes scolaires », remise en cause du droit aux études supérieures
pour la jeunesse, liquidation des statuts enseignants :
Le gouvernement PS-Verts-Radicaux a
engagé la destruction
de l’enseignement public
À Aubervilliers, Montpellier…
enseignants, personnels et étudiants cherchent à résister :
Où est l’obstacle ?
Intervention du représentant du courant Front Unique
au BDFN de la FSU du 14/10/2013
Pour l’arrêt immédiat de la contre-réforme dite des
« rythmes scolaires »
Le
3 octobre dernier, à Aubervilliers, 95% des professeurs des écoles ont fait
grève à l’appel d’un front uni de leurs syndicats contre la mise en œuvre de la
« réforme » dite des « rythmes scolaires ». Depuis, la mobilisation se
poursuit : elle reflète l’adhésion de toute la profession à cette exigence.
Après Paris au début de l’année, c’est au tour des
enseignants de l’une des villes les plus pauvres et les plus endettées de France
de se mobiliser à un niveau historique contre cette contre-réforme. Ils en
mesurent pratiquement les ravages : des enfants épuisés, certains retrouvés dans
la rue alors qu’ils auraient dû être placés sous la garde d’adultes débordés ;
un « temps péri-scolaire » sans encadrement ni activités réelles ; des
enseignants surchargés dont les statuts, et notamment le temps de travail, sont
battus en brèche par la tutelle du maire…
Il n’est pas question de prétendre que cela découlerait
d’une « mauvaise » application de la contre-réforme : ce contre quoi se
battent les enseignants d’Aubervilliers, avec les familles et les personnels, on
le constate aussi à Roubaix ou à Toulouse. Avec la municipalisation qui est au
cœur de cette contre-réforme, c’est une école à deux vitesses qui se met en
place : une, de moins en moins gratuite, pour les villes bourgeoises ; une
autre, au rabais, pour les enfants des villes et des quartiers ouvriers.
Pour tous les enseignants et personnels, c’est une école
de l’exploitation et de la précarité ; pour les enfants, c’est une école de la
misère et de l’iniquité. Mais pour le gouvernement, c’est une école moins chère
et plus malléable : et c’est exactement le but recherché par cette
contre-réforme. C’est aussi ce que les organisations syndicales enseignantes ont
à charge de combattre. Avec la mise en œuvre de la contre-réforme des « rythmes
scolaires », c’est tout simplement la destruction du cadre national de
l’enseignement public qui a commencé.
Pourtant, à Aubervilliers comme ailleurs, les dirigeants du SNUipp mènent
aujourd’hui une bataille acharnée pour interdire que la contre-réforme soit
remise en cause. Au niveau national, la direction du SNUipp lance une pétition
pour demander que la contre-réforme soit « réécrite » : comme si le « dialogue
social » et la « concertation »-bidon n’avaient pas déjà donné leurs fruits
pourris, comme si une nouvelle tournée de « dialogue social » pouvait aboutir à
autre chose ! Il faut le dire, c’est une position de soutien à la
contre-réforme, à contrario de ce que veulent les enseignants.
La responsabilité des dirigeants de la FSU, de ceux du
SNUipp, c’est au contraire de lancer un signal d’alarme : c’est d’exiger, sans
attendre, l’arrêt immédiat de la contre-réforme dite des « rythmes
scolaires » et d’appeler à l’unité sur ce mot d’ordre. C’est aussi de se
prononcer pour l’abrogation pure et simple du décret d’application de cette
contre-réforme.
Pour la défense
inconditionnelle de l’enseignement supérieur public et du droit aux études
Mais
la destruction de l’enseignement public est aussi à l’œuvre à l’autre extrémité
du système d’enseignement public : dans les universités, d’ores et déjà, le
droit aux études supérieures n’est plus garanti aux bacheliers.
À Montpellier III, à l’initiative de la présidente
d’université, avec le soutien des élus du SNESup, le conseil d’administration a
voté un plan de coupes budgétaires drastiques incluant pour 2014 la fermeture du
site de Béziers, qui regroupe 700 étudiants, et la sélection des étudiants par
tirage au sort. La main sur le cœur, la même présidente Fraisse jure aujourd’hui
qu’elle a pris ces décisions contrainte et forcée, réclame des fonds de l’Etat
pour appliquer les contre-réformes… et la direction du SNESup lui emboîte le
pas en fanfare ! Il faut le dire : il s’agit là d’une véritable opération
d’enfumage des étudiants qui doit être dénoncée.
Certes : le contexte général, c’est celui de la LRU de 2007, aggravée par la loi
Fioraso : depuis 2008, des milliers de postes ont été gelés ou supprimés, des
cours, des filières entières ont été liquidés. L’explosion des frais
d’inscription est en cours. Dans le contexte de ces contre-réformes, ce qui a
été voté à Montpellier a vocation à se généraliser. Mais précisément !
La
responsabilité fondamentale des dirigeants FSU, dans un tel contexte, c’est de
se prononcer pour la défense inconditionnelle du droit des bacheliers aux
études supérieures dans la filière de leur choix. Des profs, des locaux,
des moyens pour étudier et enseigner ! C’est de réaliser l’unité avec les
dirigeants de l’UNEF pour organiser le combat sur cette base.
Ce
n’est pas de placer ce débat sur le terrain de la gestion locale, de calculer le
montant des rallonges budgétaires nécessaires à chaque université, ou de
réclamer des moyens pour appliquer les contre-réformes. C’est encore moins de
faire bloc derrière tel ou tel président d’université, ou de voter avec eux des
mesures défavorables aux étudiants !
Les
dirigeants syndicaux n’ont rien à faire dans les conseils chargés d’appliquer
les budgets de misère et les contre-réformes : ils doivent les quitter en bloc,
impulser et organiser leur boycott. Voilà la question qui est posée aujourd’hui
fondamentalement à l’université.
Pour la défense
inconditionnelle des statuts nationaux
Aujourd’hui, fort des victoires remportées sans coup férir à tous les niveaux de
l’enseignement public, grâce à la collaboration des dirigeants syndicaux, le
gouvernement engage la dernière étape de son offensive contre l’enseignement
public : la liquidation des statuts nationaux des enseignants des premier et
second degré, définis par les décrets de 1950.
Peillon n’attend pas pour cela les conclusions de la
« concertation » annoncée sur le sujet : dès maintenant, il engage la
liquidation des statuts nationaux par tous les bouts.
Contre-réforme des « rythmes scolaires » et tutelle des
mairies sur le temps de travail ; nouveaux programmes dont l’architecture
annoncée prépare la liquidation des écoles maternelles et la dislocation du
second degré ; nouveaux concours (avec par exemple la suppression du CAPES de
Lettres Classiques) : tous les biais sont bons pour liquider les garanties
attachées aux statuts.
C’est le cas également des « Assises de l’éducation
prioritaire », où la poussière de moyens accordées aux établissements concernés
– 1,56% du Budget, 8 fois moins que ce qui est accordé à l’enseignement privé
chaque année ! – sert de prétexte à des discussions sur de nouvelles dérogations
aux règles statutaires.
Dans le réseau Gabriel Péri d’Aubervilliers, à une très
large majorité (80 sur 120), les enseignants et personnels ont décidé de
boycotter une « consultation » qui s’apparentait à une véritable réquisition des
enseignants sur leur temps de travail, pour répondre à des « questions » écrites
d’avance par le Ministère. Dans de nombreux autres établissements, les collègues
ont cherché à résister. Mais ils se sont heurtés à un obstacle de taille : la
position défendue par les dirigeants nationaux du SNES et de la FSU, invitant
les collègues à « investir le débat » – comme si dans le cadre posé par le
gouvernement, l’affirmation des revendications réelles des collègues était
possible !
Il faut le dire : dans l’affaire, les dirigeants du SNES et
de la FSU ont rendu un fier service à Peillon. Au contraire de cela, dès
maintenant, la direction de la FSU doit prendre position avec la plus grande
clarté contre toute remise en cause des statuts par le gouvernement, contre
toute discussion ou « concertation » sur le sujet.
Eléments de « réponse » apportés par les dirigeants
syndicaux
Daniel Robin (SNES) : « Appeler les collègues à s’exprimer lors des Assises
de l’éducation prioritaire, c’est bien plus offensif que de boycotter, ce qui se
limiterait à une posture défensive (…) Il faut une relance de l’éducation
prioritaire, il faudra obtenir des décrets (…) Et pour cela, il faudra
modifier les décrets de 50 pour prendre en compte les difficultés
croissantes en éducation prioritaire. »
Une représentante de la direction nationale du SNUipp :
« Concernant la réforme des rythmes, il y a un effet de loupe grossissant sur
certaines zones – Paris, la banlieue parisienne – au détriment de certaines
autres (…) Pour le SNUipp, il n’est pas question d’abroger car cela
équivaudrait à revenir à la situation antérieure. Il faut une réécriture du
décret pour une organisation plus souple (…) Les inégalités territoriales ne
datent pas d’hier. »
Bernadette Groison (secrétaire générale de la FSU) :
« Il faut appeler les collègues à investir les Assises, y mettre tous les moyens
(…) Quand Daniel soulève la question des décrets de 50, on voit qu’il y a des
débats à soulever : si on peut les modifier pour obtenir une amélioration, on le
fera »
