Lettre de liaison N°279 – 16 mars 2018

LETTRE DE LIAISON


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NON AU CONTROLE CONTINU


NON AU BAC MAISON

 


POUR LE RETRAIT DE LA REFORME DU BAC


EN FINIR AVEC LA CONCERTATION SUR SA MISE EN OEUVRE


BOYCOTT DES CSE

 

 Le prochain congrès national du SNES s’annonce d’une
importance cruciale pour tous les collègues conscients qu’avec la
réforme du Bac "le gouvernement met fin à des décennies de
démocratisation scolaire durant lesquelles le BAC constituait une
référence commune en ouvrant l’accès à des études universitaires de son
choix"
(communiqué SNES du 13 mars). Complémentaire de la loi Vidal
instaurant la sélection à l’entrée de l’Université (qui "s’enrichit"
tous les jours de dispositions visant à expulser des facs les étudiants
en cours d’étude : non compensation des notes, suppression de l’épreuve
de rattrapage…) la réforme du Bac est une pièce essentielle d’un
dispositif dont une des conséquences, via le contrôle continu qui
instituerait le bac maison, serait d’expulser des études supérieures les
enfants des milieux les moins favorisés. La présentation des projets de
décrets et d’arrêtés (10 mars) confirme par ailleurs ce dont le journal
patronal "Les Echos" (15 février) se réjouissait :
"C’est un renversement complet du modèle actuel, dont on
n’a pas fini de mesurer les conséquences. Temps de travail des
professeurs, pluridisciplinarité, nombre d’élèves par classe,
organisation des établissements".

 Cette réforme s’inscrit dans "l’offensive générale"
(titre de l’édito du "Monde Diplomatique" de mars) contre l’ensemble des
droits et garanties arrachés par les luttes ouvrières depuis 1945. Dans
ce même édito on lit : "Les chemins de fer? Un rapport confié à un
compère dépoussière l’inventaire des prières libérales (…) (fin du
statut des cheminots, transformation de l’entreprise en société anonyme,
…). Cinq jours après sa publication, une "négociation"
(les
guillemets sont dans le texte) s’engage déjà pour maquiller le diktat
qu’on veut imposer aux syndicats."
Et pourtant les fédérations
syndicales des cheminots ont différé jusqu’au 15 mars "une éventuelle
action commune, en donnant d’ici là une chance à la concertation avec le
gouvernement sur son projet de réforme"
(la NVO, organe de la CGT).
C’est donc au nom de la "concertation" qu’il n’y a pas d’appel à la
grève des cheminots le 22 mars, pas plus qu’il n’y a de réel appel à une
grève générale des fonctionnaires ce même jour. Cette déclaration suffit
à montrer à quel point l’acceptation par les directions syndicales du
cadre des concertations se dresse contre la préparation d’une
mobilisation qui pourrait faire reculer le gouvernement. D’ailleurs
Macron n’a jamais caché ce qu’il attendait des syndicats, pas plus qu’il
n’a caché le contenu des réformes : à travers la concertation il en
appelle, selon la formule qu’il a lui-même utilisé, à la
"co-construction"
des réformes, ce qui est rien moins que demander
aux organisations syndicales de se faire hara kiri.

 Avec Blanquer la réforme du BAC ferait-elle exception à
cette méthode? La concertation y aurait-elle d’autre effet que celui
d’apporter la caution du syndicat à une réforme livrée clés en mains?

 A l’évidence NON. Selon la responsable lycées du SNES
dans le supplément à l’US (p. 11) parvenu cette semaine : "Le
ministère réduit ici l’échange aux modalités d’application de réformes
décidées en amont et à des considérations annexes"
. C’est bien d’en
être conscient même si le constat aurait pu être fait depuis longtemps
!! Mais ce qui est fâcheux, c’est que la même dirigeante, dans l’article
qui suit, sous le titre "Réformes Blanquer la stratégie du flou"
écrit : "Comment préparer le "grand oral" érigé en ultime argument de
vente de la réforme?
" Défendre une organisation ou une autre du
"grand oral", une organisation ou une autre du contrôle continu,
n’est-ce pas intervenir sur les "modalités d’application de réformes
décidées en amont"
c’est-à-dire, ici, participer à l’enterrement du
bac national et anonyme dont la défense est pourtant un mandat du
syndicat ?

 Dans le communiqué (12 mars) qui rend compte de la
publication des projets de décret et d’arrêtés "Le SNES-FSU dénonce
la méthode ministérielle qui consiste à retenir les informations tout en
imposant un calendrier impossible, ce qui interdit toute concertation."
Deux remarques : d’une part rien dans ces projets de décrets ne
déroge à ce qui avait été annoncé par le ministre, rien qui devrait
surprendre les responsables du syndicat ! D’autre part, concernant ce
qu’avait annoncé Blanquer, c’est-à-dire le contrôle continu, le grand
oral, quels aménagements ou "modalités d’application" aurait à
proposer un syndicat qui rejette le contrôle continu? C’est une question
de calendrier?

 Lorsque la secrétaire nationale du SNES déclare "On
ne se projettera pas dans une logique d’amendements. Il faut envoyer au
ministère le signal que le projet est à revoir"
pour ensuite
interroger : "Qu’est ce qui est prévu pour les dédoublements? Quels
moyens pour la réforme"
("Le café pédagogique", 14 mars) n’est-on
pas dans une "logique d’amendements"? Logique qui conduit inévitablement
à accepter le cadre du contrôle continu, ce qui montre que derrière les
formules "le projet est à revoir " ou "remettre la réforme à
plat",
la revendication du retrait de la réforme (adoptée dans
plusieurs congrès académiques) passe à la trappe.

 Notons au passage que le SNLC-FO, qui aime tant se
donner une posture d’opposant radical, croit pouvoir nous dire que comme
le projet de décret sur les attendus universitaires (déclinaison de la
loi Vidal) n’a eu aucune voix au CSE (Conseil Supérieur de l’Education
Nationale) du 5 mars "le ministère ne peut se prévaloir d’un
consensus"
. Or, pour la loi Vidal il y a eu consensus des directions
syndicales pour se concerter sur la mise en œuvre de la sélection à
l’université, ce qui suffisait largement pour légitimer la réforme et
désarmer les étudiants comme les enseignants. Quant à "l’opposition"
dans le CSE, elle ne gêne en rien la mise en œuvre de la réforme. Les
collègues se souviennent que le vote "contre" la réforme du collège au
CSE n’a nullement empêché celle-ci de s’appliquer!

 Dans le second degré, donner le signal aux collègues que
c’en est terminé avec les faux-semblants et les fausses oppositions, que
face à la guerre-éclair gouvernementale les organisations syndicales se
disposent pour l’affronter afin de le faire reculer, c’est, pour les
directions des organisations syndicales, exiger le retrait de la réforme
du BAC et dénoncer la concertation comme un outil du gouvernement contre
les personnels et contre les syndicats.

 

 En conséquence c’est annoncer
le boycott du CSE du 21 mars comme du CSE de "rattrapage" (le cas
échéant).

 

 Ce serait le point de départ pour une véritable
mobilisation des personnels rompant avec la pratique des journées
d’action. Sa préparation pourrait être ouverte à la discussion des
collègues lors d’AG départementales ou académiques désignant des
délégués pour une conférence nationale avec les syndicats.

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Les syndiqués du SNES peuvent légitimement s’interroger
sur la préparation démocratique du congrès national du SNES au vu de la
décision de la direction du SNES de l’académie de Clermont (pour la
première fois depuis 18 ans) de ne plus respecter le vote des syndiqués,
exprimé dans les élections académiques. En conséquence le représentant
du courant Front unique qui défend la rupture de la concertation a été
éliminé de la délégation clermontoise au congrès national du Snes. Les
syndiqués jugeront …

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Dernière minute

Nous prenons connaissance du "dispositif d’action" des
dirigeants syndicaux à la SNCF : report au 4 avril de tout appel à
l’"action" (décidément il faut laisser tout le temps à la
concertation!), et appel à la grève …. 2 jours sur 5. L’imagination
est au pouvoir au sommet des syndicats pour disloquer la force des
cheminots. Décidément, à la SNCF comme dans l’enseignement,
"concertation" ou affrontement avec le gouvernement : deux options
incompatibles!

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