Lettre de liaison N°276 – 4 décembre 2017

LETTRE DE LIAISON


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Le gouvernement
Macron-Philippe-Blanquer lance une offensive visant à liquider le bac comme
diplôme national et une réforme du lycée et permettant de supprimer des
milliers d’heures et de postes.


La responsabilité des dirigeants
syndicaux,
en premier lieu de ceux du SNES, c’est de se prononcer contre la liquidation
du bac comme examen national, et de cesser toute participation à la mission
Mathiot.

 

Liquidation du bac,
l’objectif du gouvernement.

Le bac comme examen national
anonyme et premier grade universitaire, a permis à des générations de
lycéens d’entrer à l’université et d’accéder aux études supérieures. C’est à
cela que s’attaque le gouvernement. Après le plan étudiant, qui introduit
les prérequis, et donc rompt dans la réalité avec le principe du bac donnant
accès de droit à l’université, le gouvernement a lancé une nouvelle
concertation, ouverte le 13 novembre : la mission Mathiot, dont le but est
de réduire les épreuves dites « terminales » à quatre, et de mettre en place
le contrôle en cours de formation pour toutes les autres. Les comptes-rendus
des audiences des organisations syndicales, mais surtout des associations de
professeurs de matière permettent d’y voir plus clair. Deux épreuves dites
de « spécialité » seraient passées en février, et prises en compte dans
l’orientation et « parcoursup », l’outil de sélection du plan étudiant. En
fin d’année, deux épreuves dites « universelles », seraient organisées, une
épreuve de philosophie, et un grand oral, sorte de méga-TPE,
pluridisciplinaire. Le reste serait donc en Contrôle en cours de formation
(CCF). Cette organisation ouvre à la semestrialisation des enseignements, et
à l’annualisation des services des enseignants. Elle aurait pour conséquence
une énorme surcharge de travail pour les enseignants, et les exposerait à
toutes les pressions sur l’évaluation, de la hiérarchie ou des familles. Le
contenu de l’examen est drastiquement déqualifié, notamment son contenu
disciplinaire, et tout ce qui est remis au CCF rompt le caractère national
de l’examen. La valeur de l’examen dépendrait plus du lycée dans lequel on
est inscrit que des résultats eux-mêmes, il en va de même pour la
possibilité de s’inscrire dans le supérieur. La concurrence généralisée
entre établissements, entre public et privé, est l’horizon de cette réforme.

Objectif, suppressions de
postes.

Les audiences, notamment des
associations, et le compte-rendu qu’elles en font, montrent les enjeux : le
rang des matières, leurs horaires, les postes. L’association des professeurs
de philosophie crie victoire, en disant faire partie des épreuves
« universelles ». Celle des professeurs de biologie et de géologie annonce
que la SVT est maintenue en seconde, tandis que celle des professeurs de SES
croit savoir que les filières sont maintenues, ce que personne ne peut
encore affirmer à cette date. C’est la foire d’empoigne entre les matières.
Le lycée général et technologique, avec ses filières, ses options, le nombre
de matières passées à l’examen, donc enseignées, est le niveau
d’enseignement le plus coûteux. La réforme du lycée qui accompagne le nouvel
examen est donc un plan de suppression d’heures d’enseignement et de postes.
D’ailleurs le budget 2018 est le concentré de cette politique : le Café
pédagogique
du 29 novembre annonce l’« effondrement » des postes ouverts
à tous les concours, capes, agrégation. La semestrialisation et
l’annualisation ouvrent aussi des perspectives en gains de postes, et cette
dernière est réclamée depuis très longtemps par la cour des comptes afin de
faire faire les remplacements aux enseignants en poste. Enfin, la fin des
filières permettrait de « rationnaliser » les « classes » en les bourrant au
maximum. Quant aux séries technologiques, on ne sait rien actuellement. Pour
autant la mission Mathiot aura des conséquences sur l’ensemble du lycée.

 

Une méthode : la
concertation.

Comme toutes les mesures prises
par le gouvernement Macron-Philippe, la liquidation du bac comme examen
national passe par la concertation. Après les 55 réunions du mois de
septembre et d’octobre ayant accouché du plan étudiant, la mission Mathiot
ouverte le 13 novembre doit rendre un rapport en janvier. S’ouvrira alors
une dernière phase de concertation avant adoption, et mise en œuvre à la
rentrée 2018. Mathiot l’a indiqué lui-même à certaines associations qui
participent à la concertation : on peut discuter de tout, mais il y a deux
impératifs, quatre épreuves terminales et le contrôle en cours de formation.
Bref, on peut discuter de ce que l’on veut, à partir du moment où les
décisions prises s’appliquent. Il n’est donc pas besoin d’être devin pour
savoir que le rapport Mathiot en janvier conclura à la nécessité de
remplacer l’examen actuel par un examen avec entre « trois et cinq »
épreuves terminales et du contrôle en cours de formation. D’ailleurs Claire
Guéville, chargée du dossier au Snes, a déclaré à propos de la concertation
« tout semble fermé ou presque » (L’étudiant, Educpros.fr). La marche
inexorable du gouvernement passe par la préparation de ses contre-réformes
ravageuses dans le cadre feutré des rencontres avec les directions
syndicales, tandis que les enseignants sont maintenus dans l’ignorance de ce
qui se prépare, jusqu’au moment de l’annonce, voire de l’application. C’est
le cas pour le plan étudiant, même pas voté, mais déjà appliqué par la mise
en œuvre des fiches avenir, la nomination d’un deuxième professeur principal
en terminale. Il faut rompre avec cette mécanique bien huilée.

La responsabilité des
directions syndicales : rompre avec le gouvernement.

La position de la direction d’une
organisation syndicale prétendant défendre l’enseignement public et les
enseignants, ne peut être de réclamer plus de temps pour faire ses
propositions, quand on connaît à l’avance le résultat de la concertation. La
position de la direction d’une organisation syndicale ne peut être, comme le
fait la direction du Snes, le 30 novembre, dans une conférence de presse
avec les dirigeants du Snuep et du Snetap, de faire elle-même la proposition
de simplifier le bac, en tirant au sort les épreuves, ou en les
raccourcissant, ce qui revient à légitimer par avance l’offensive du
gouvernement. Si le bac a été dévalorisé depuis des années, il s’agit cette
fois de liquider tout ce qui le caractérise depuis des décennies, donc la
responsabilité de la direction des syndicats d’enseignants, devant
l’offensive qui est menée, est de le défendre inconditionnellement ! Il faut
défendre le bac, parce que c’est un examen national anonyme.
Il faut défendre le bac car c’est son existence comme examen terminal
constitué d’épreuves disciplinaires qui détermine l’existence même des
disciplines auxquelles sont affectés des horaires et des programmes
nationaux. Qui peut croire une seconde que le gouvernement veut « muscler »
le bac, ou revaloriser l’examen ?  Il s’agit au contraire de le transformer
en un super-brevet. Dans ces conditions les dirigeants syndicaux, en
particulier ceux du Snes, doivent donc déclarer publiquement : défense
inconditionnelle du bac !

Dans ces conditions il ne peut
être question de continuer à jouer la pantomime du dialogue social, dont le
résultat est connu d’avance. Les dirigeants syndicaux, en particulier ceux
du Snes, doivent donc rompre avant la fin de la commission le 13 décembre,
ils doivent mener campagne en direction des enseignants, afin de permettre
de préparer les conditions de la mobilisation nécessaire à la mise en échec
d’un tel plan.

Les militants du courant Front
Unique  agiront partout pour contribuer à l’organisation des collègues
visant à  imposer aux directions syndicales :


– qu’elles se prononcent pour la
défense inconditionnelle du bac comme premier diplôme universitaire, examen
national terminal anonyme sur la base d’épreuves disciplinaires


– pour la défense des programmes et
horaires nationaux de toutes les disciplines, contre toute suppression de
postes


– pour la rupture immédiate  de la
participation à la mission Mathiot, contre toute concertation avec le
gouvernement visant à la liquidation du bac.

Le courant
Front Unique constitue une liste pour le renouvellement des instances
nationales de la FSU, intégrant en particulier les objectifs ci-dessus. Le
règlement  intérieur de la FSU tend à ériger un obstacle  considérable à la
présentation d’une telle liste en imposant un nombre minimum de 150 noms. Si
vous êtes syndiqué d’un syndicat de la FSU, et que vous pensez que le point
de vue ci-dessus doit pouvoir s’exprimer, vous pouvez nous aider en vous
portant candidat sur notre liste. Prenez contact avec un militant Front
Unique de votre connaissance ou remplissez l’acte de candidature, et
renvoyez nous le à l’adresse indiquée.

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