Lettre de liaison N°249 – 10 mai 2015

LETTRE DE LIAISON


Lettre de
liaison N° 249 – 10 mai 2015
 
 

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Front uni des organisations syndicales pour le retrait pur et simple de la
contre-réforme des collèges !


 


Pour arracher ce retrait, il faut le combat
national et centralisé contre le gouvernement, combat contrôlé jusqu’au sommet
par les enseignants eux-mêmes !


 

Au nom du gouvernement
Hollande-Valls-Macron-Pinel, Vallaud-Belkacem persiste

Le 10 avril le Conseil Supérieur de
l’Éducation (instance où siègent notamment les représentants patronaux du MEDEF
et de la CGPME, ceux des Églises – via l’enseignement privé et l’association de
parents d’élèves UNAPEL –, des associations de parents, des régions,
départements et maires et aussi les responsables syndicaux) s’est prononcé
majoritairement “pour” la contre-réforme des collèges.

Accepter qu’une telle instance, dans
une telle composition, ait autorité pour juger de ce qui doit être enseigné et
comment, c’est remettre le sort de l’enseignement public entre les mains de
forces qui, pour la majorité d’entre elles, n’ont de cesse de le combattre. En
acceptant de siéger dans ce CSE, en reconnaissant sa légitimité et son vote, les
directions syndicales, à l’encontre de leur prise de position quelques jours
avant pour le retrait de la réforme, ont fourni des armes à la ministre.
Celle-ci s’est évidemment targuée de ce vote pour se prévaloir d’un soutien
“majoritaire”.

Une prise de position à mettre au
compte de la volonté des enseignants…

Mais l’opposition massive des collègues
demeure. Ils ne veulent pas de la liquidation des programmes nationaux au profit
de “travaux interdisciplinaires” définis localement, de la liquidation des
horaires nationaux (désormais variables d’un collège à l’autre, avec une
“flexibilité” d’une année sur l’autre). Ils refusent la tutelle pédagogique des
chefs d’établissements, des CA et autres conseils pédagogiques. Ils veulent
conserver leur indépendance pédagogique. Ils ne veulent pas qu’on puisse leur
imposer à l’infini des réunions de toute sorte (conseils école-collège, conseils
pédagogiques, conseils de cycle, réunions interdisciplinaires pour élaborer les
“projets”). Ils veulent le retrait pur et simple de la réforme.

C’est pourquoi ils se sont félicités de
la prise de position commune SNES-SNEP-FO-CGT-SUD – accessoirement du SNALC –
pour le retrait de la contre-réforme.

Ils se sont particulièrement satisfaits
de la position finalement prise par la direction du SNES le 31 mars pour le
retrait de la contre-réforme. Alors que jusqu’à la veille, cette direction
s’opposait à ce mot d’ordre de “retrait de la réforme”, en particulier dans de
nombreuses instances académiques du syndicat.

… dont la première exigence est
qu’elle soit maintenue!

La première condition pour faire
reculer le gouvernement, c’est évidemment le maintien de l’unité sur le seul mot
d’ordre de “retrait de la réforme”. Or à cet égard, des questions se posent en
particulier à la lecture de l’US, journal du SNES du 18 avril.
Pourquoi le mot d’ordre de retrait de la réforme ne figure ni dans l’éditorial,
ni en première page, ni dans l’article principal
 ? Pourquoi
n’apparaît-il qu’en caractères très réduits dans l’appel intersyndical ?
Pourquoi la direction du SNES organise-t-elle des stages syndicaux où elle met à
l’ordre du jour…. la discussion des nouveaux programmes du collège, ce qui
suppose évidemment que la nouvelle réforme rentre dans les mœurs ?

Les enseignants ont toutes les raisons
d’être vigilants quand on sait que la nouvelle réforme des collèges avec sa
kyrielle de réunions de toute sorte, avec la tutelle des chefs d’établissement
n’a été rendue possible que par la liquidation des garanties statutaires
contenues dans les décrets de 1950, liquidation soutenue par la direction du
SNES.

Voilà pourquoi il est nécessaire que
partout dans les assemblées d’enseignants soit réaffirmée l’exigence
 :
front uni des syndicats sur le seul mot d’ordre
 : retrait de la réforme !

Comment obtenir le retrait de la
réforme
 ?

La première condition pour obtenir le
retrait de la réforme, c’est que tel soit bien la revendication défendue par
l’ensemble des syndicats SNES, SNEP, FO, CGT, Solidaires, et en particulier le
SNES. Cette condition est nécessaire ; mais elle n’est pas suffisante.

Ces mêmes syndicats appellent à une
journée de grève le 19 mai. Mais de l’avis des dirigeants syndicaux eux-mêmes,
il est plus que douteux que cette grève suffise à faire plier le gouvernement.
Au nom de la direction du SNES, sa secrétaire générale Frédéric Rolet écrit le
19 avril : “Le SNES-FSU appelle les collègues à diversifier les formes
d’action, à organiser des réunions dans les établissements et avec les parents.
Il nous faut multiplier les initiatives pour faire de la journée de grève du 19
mai un temps fort à l’appel de la majorité des organisations, un temps fort lors
d’un combat qui devra se poursuivre l’an prochain”.

Une telle déclaration pose de sérieuses
questions. La grève du 19 mai doit-elle être conçue comme un baroud d’honneur
suite à quoi, chacun attendrait tranquillement l’année prochaine ? Doit-elle
être encadrée par une poussière d’initiatives diversifiées, chaque collège –
anticipant en quelque sorte l’“autonomie des établissements” que veut instaurer
précisément la réforme – faisant sa petite cuisine “autonome” sur le plan de la
“lutte locale” ? Disons-le clairement : cette voie serait celle de la défaite
assurée !

le retrait de la réforme
nécessite un combat centralisé contre le gouvernement, engagé par les
organisations syndicales, organisé et contrôlé par les enseignants eux-mêmes

Le gouvernement a pris l’initiative
d’une offensive centrale contre l’enseignement public, contre le corps
enseignant lui-même avec sa contre-réforme des collèges. Ce dont ont besoin les
enseignants, ce n’est pas d’une myriade d’actions locales, disloquées. C’est de
pouvoir dresser leur force rassemblée nationalement contre le gouvernement.
Quelle action ? Les enseignants doivent pouvoir en décider, non pas, isolés,
collège par collège, mais nationalement. La responsabilité des dirigeants
syndicaux qui ont pris position pour le retrait de la réforme est d’appeler à la
conférence nationale des délégués d’établissements ou de localités, délégués
mandatés par leurs collègues en Assemblée Générale
. Les directions
syndicales doivent dans ce but inviter à ce que se tiennent partout des
assemblées de collègues, mandatant leurs délégués pour une telle conférence
nationale.

Dans une telle conférence nationale,
toute proposition visant à l’action nationale pour défaire le gouvernement
pourrait être débattue
 :
manifestation nationale au ministère
 ? Préparation de la grève jusqu’à
satisfaction
 ? Voilà par exemple des propositions qui pourraient y être
discutées.

La leçon de la grève trahie à
Radio France : la victoire n’est possible que si les travailleurs ont le
contrôle de leur propre mouvement

Les enseignants qui veulent le retrait
de la réforme ont suivi de près ce qui s’est passé à Radio France. Ce sont les
travailleurs qui ont décidé de s’engager dans la grève jusqu’au retrait du plan
Gallet-Pellerin, de suppression de postes, d’émissions, de liquidation de
structures entières (orchestre, etc.). Ils ont aussi pu voir comment la grève a
été trahie, les dirigeants syndicaux appelant à la reprise du travail sans que
rien de réel n’ait été obtenu, appel à la reprise contre la volonté massivement
exprimée des grévistes.

La conclusion qui s’en dégage est
claire. Les travailleurs doivent imposer aux dirigeants syndicaux leur propre
volonté. Ils doivent décider, avoir leur contrôle du mouvement, imposer aux
dirigeants que ces derniers soient à leur service, et non au service du
gouvernement. C’est la condition du succès.

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