Lettre de liaison N° 221 – 18 novembre 2013 [Version pdf]
Alors que les
enseignants des écoles ont à nouveau engagé le combat,
la direction nationale du SNUipp,
principal syndicat du 1er degré,
doit exiger l’abrogation pure et simple
du décret « rythmes scolaires »
Un désastre annoncé et confirmé
Depuis la
rentrée scolaire, les enseignants confrontés à l’application du décret Peillon
subissent de plein fouet ses effets désastreux. A Paris, ce sont 419 directeurs
(plus de 63%) qui dans une lettre au recteur ont établi un véritable
réquisitoire contre l’application de cette contre-réforme (confusion entre
solaire et péri-scolaire dont pâtissent les élèves, problèmes de sécurité pour
les élèves et d’hygiène pour les locaux, enseignants exclus de leur classe à
partir de 15h deux fois par semaine …).
Tous les
arguments fallacieux avancés par le ministre et tous ceux qui le soutiennent
inconditionnellement pour justifier cette désorganisation sont démentis à
l’épreuve des faits.
Les
journées étaient trop longues pour les élèves ? Elles sont pourtant maintenues à
l’identique à Paris deux jours par semaine. Et à Roubaix, alors
qu’antérieurement les demi-journées ne devaient pas excéder 3 heures
d’enseignement, toutes les matinées durent désormais 3 heures et demie et même 4
heures pour le mercredi matin. Et dans cette ville où Peillon s’est rendu le 3
septembre, 90% des élèves se trouvent à la rue dès 15h15 sauf le lundi où ont
lieu les activités péri-scolaires.
On pourrait
multiplier les exemples des dégradations engendrées par l’application de ce
décret.
Que veut le gouvernement en organisant la
désorganisation ?
Dans chaque
commune, l’application de cette contre-réforme conduit à une organisation
particulière. Ainsi, les enseignants n’ont plus les mêmes conditions d’horaires
et donc de travail selon la commune où ils exercent. C’est déjà remettre en
cause ce qui les unit par-delà leur relatif isolement dans de petites
structures. Mais dans ces conditions, comment organiser les remplacements ? Un
projet de décret qui vient d’être transmis aux organisations syndicales éclaire
un des buts recherchés. Il s’agit d’imposer aux enseignants remplaçants, et à
ceux qui interviennent sur plusieurs écoles, un dépassement de leur temps
hebdomadaire d’enseignement (dépassement qui serait ultérieurement déduit). Ce
serait donc pour ces catégories l’annualisation de leur temps de service
d’enseignement. Les directions syndicales doivent exiger le retrait de ce projet
de décret. Alors que Peillon ouvre le chantier des « métiers » enseignants le 18
novembre, on voit bien quelles sont ses perspectives : casser les statuts
enseignants en remettant en cause la définition hebdomadaire des services par
leur annualisation.
D’autre
part, prétextant les difficultés dans l’application du décret, le gouvernement
pourra avancer la nécessité d’un chef d’établissement dans les écoles. Peillon
ouvre justement un « chantier » sur la direction d’école dans les jours qui
viennent …
Enfin, le
but majeur de cette opération est d’essayer d’en finir avec le cadre national de
l’Education nationale en livrant aux pouvoirs locaux une mainmise sur les écoles
publiques. Il s’agit d’en finir avec l’indépendance des enseignants des écoles
notamment vis-à-vis des élus locaux et donc de remettre en cause leur statut de
fonctionnaire d’État.
Menacés par cette contre-réforme, les enseignants ne se
sont pas résignés
Il y a un
an, les enseignants de la ville de Paris avec un front uni de tous les syndicats
avaient engagé le combat contre le décret et son application par le Maire de
Paris. Malgré le soutien apporté au gouvernement par les directions nationales
des deux principaux syndicats (SNUipp et Se-Unsa), la détermination des
enseignants à rejoindre la lutte des instituteurs de Paris avait conduit à une
grève nationale le 12 février appelée finalement par la direction nationale du
SNUipp et à laquelle s’étaient associées des dizaines de sections
départementales du Se-Unsa, malgré le refus de leur direction nationale. Mais la
direction nationale du SNUipp s’était opposée vigoureusement à la revendication
d’abrogation du décret confortant le gouvernement et entraînant le reflux de la
mobilisation.
Les
directions du SNUipp et du Se-Unsa ont été jusqu’à participer au Comité de suivi
chargé de l’application de la réforme des rythmes scolaires. Il est intolérable
que ces directions se comportent comme de véritables auxiliaires du gouvernement
pour tenter d’imposer cette contre-réforme en proposant de l’aménager alors que
les enseignants en exigent le rejet pur et simple.
Dirigeants syndicaux, avec nous, exigez l’abrogation du
décret Peillon
Mais en
cette rentrée, la dégradation des conditions de travail des enseignants pour
lesquels s’appliquait dès à présent la réforme a été telle qu’une nouvelle
mobilisation s’est réalisée mais de manière éparpillée. Malgré le refus des
directions nationales des deux principaux syndicats de s’opposer à la réforme,
ce sont 25 sections départementales du SNUipp qui ont rejoint l’appel à la grève
de syndicats minoritaires le jeudi 14 novembre (d’autres ayant appelé à la grève
la veille). Certaines d’entre elles se prononcent clairement pour l’abrogation
du décret et on peut noter que par exemple la section de l’Hérault du SNUipp a
décidé de quitter le comité de suivi départemental « préférant
écouter les revendications portées par les collègues sur le terrain plutôt que
les préconisations ministérielles ».
Plus que
jamais, les enseignants doivent imposer aux dirigeants syndicaux qui parlent en
leur nom qu’ils exigent l’abrogation pure et simple du décret « rythmes
scolaires » et qu’ils se retirent du Comité du suivi chargé d’appliquer ce
décret. Pour cela, il faut multiplier les appels adressés aux directions
départementales et nationales des principaux syndicats (SNUipp et Se-Unsa). La
tenue prochaine d’un Conseil national du SNUipp (19 et 20 novembre), et d’un
conseil national de la FSU (26 et 27 novembre) sont des échéances à saisir.
