LETTRE DE LIAISON


Lettre de liaison N° 208 – 11 janvier 2013

 

Intervention du représentant du courant Front
Unique au BDFN du 7 janvier 2013

 

Le projet de loi Peillon a été
communiqué aux organisations syndicales quelques jours avant les congés de fin
d’année – au moment où Peillon pouvait espérer le niveau de réactivité le plus
bas possible : le moins que l’on puisse dire, c’est que ce projet lève tout
équivoque sur les intentions du gouvernement.

Sauf à se féliciter des bons
sentiments qui sont de rigueur dans tous les projets de contre-réformes, ou à
considérer comme une « avancée » le fait qu’un ministre de la Vème République
s’arroge le pouvoir de « réformer » par décret, plus rien ne justifie la
poursuite du « dialogue » sur le terrain du gouvernement.

En effet :

le projet Peillon
prolonge et aggrave toutes les contre-réformes de l’UMP depuis la loi Fillon de
2005
: le « socle commun », la réforme des lycées, celle des LP, etc. ;

– il programme la casse du
cadre national de l’enseignement public
: « projets éducatifs
territorialisés », transfert de la carte de la formation professionnelle aux
régions, renforcement des « contrats d’objectifs » pour contraindre chaque
établissement à la mise en place des contre-réformes, sous peine d’être
asphyxiés financièrement ;

– il ouvre en grand les
portes de l’enseignement public au patronat
– sous couvert de «
représentants du Conseil Economique et Social » ou de « personnalités qualifiées
» – à tous les niveaux, du contrôle des programmes et des enseignements
jusqu’aux conseils d’administration des collèges et lycées ;

– il institue la précarité
comme voie d’accès principale, sinon incontournable, au métier d’enseignant

– puisque ce seraient les « emplois d’avenir » qui constitueraient le vivier de
recrutement privilégiés dans les nouvelles ESPE se substituant aux IUFM ;

– il induit la casse des
statuts nationaux
, avec la disparition programmée de pans entiers du corps
enseignant et des personnels – pas seulement les Co-psy, ou les CPE, mais aussi
les professeurs des disciplines artistiques ou de technologie par exemple – la
fin des spécialités disciplinaires, le développement de la polyvalence dans le
second degré sous couvert d’ « expérimentations ».

Les dirigeants de la FSU en
ont conscience : faute de pouvoir pointer de réelles « avancées » devant les
collègues, on nous parle désormais de revendiquer des augmentations de salaires.

Mais où allez-vous les
trouver, ces augmentations, quand Peillon prévoit de rémunérer les futurs
stagiaires à 900 euros par mois, bourses comprises ?

Où sera l’augmentation pour
les enseignants de l’éducation prioritaire, quand Peillon prévoit de
dé-labelliser tout ce qui reste des ZEP, ce qui signifie une perte nette de près
de 100 euros mensuels pour les enseignants de ces zones ?

La vérité, c’est que la seule
promesse de Peillon, c’est de discuter d’une « redéfinition des missions » des
enseignants !

Le projet de décret sur les
« rythmes scolaires »
que Peillon soumet au Conseil Supérieur de l’Education
de demain constitue une application anticipée du projet de loi : ainsi, l’aide
individualisée est maintenue sous un nouveau nom… dans le cadre des « projets
éducatifs territoriaux ».

Mais surtout : ce projet
impose bel et bien aux professeurs des écoles une demi-journée supplémentaire le
mercredi matin. Et là, il n’est pas besoin d’argumenter : l’immense majorité
de la profession est opposée à ce projet.
Les collègues n’en veulent pas !

Ils l’ont exprimé clairement,
non seulement dans leurs réponses à l’enquête nationale du SNUipp, mais plus
encore en manifestant en nombre, à Paris, avant les congés, derrière un front
unique de tous les syndicats du département sur le mot d’ordre de retrait du
projet de décret sur les rythmes scolaires
.

En conséquence, il est clair
que le débat de ce BDFN ne peut être résumé à la question de savoir si la
journée du 31 janvier sera une journée de grève ou une promenade – quand on voit
que l’appel intersyndical consacre un paragraphe entier à féliciter le
gouvernement sur les « avancées » prétendues de sa politique, on se demande bien
pourquoi il faudrait manifester !

C’est encore moins de
déterminer quel vote consultatif la FSU doit émettre dans les organes du «
dialogue social ».

La question centrale, c’est
celle des revendications ; c’est de savoir si les dirigeants de la FSU vont
envoyer un nouveau feu vert à ce gouvernement, ou bien s’ils vont préparer les
collègues à l’affrontement indispensable.

Je demande donc que soient
soumis au vote :

·                
l’exigence du retrait du projet de loi
Peillon

·                
l’exigence du retrait du projet de décret
sur les « rythmes scolaires »

Résultats du vote :
pour : 10 (dont FU, EE, Emancipation et URIS) ; contre : 14 (dont les
responsables nationaux UA SNES, SNEP, SNUIPP) ; abstentions : 4 ; non
participation au vote : 8

 

Quelques interventions dans la discussion :

 

Daniel Robin (secrétaire général SNES), Serge
Chabrol (secrétaire général SNEP) : "dire qu’on veut le retrait du projet
Peillon c’est dire qu’on préfère Darcos ».
Autrement dit : si vous êtres
contre le projet Peillon, vous êtes « de droite » !

Sébastien Sihr (secrétaire général SNUIPP) : "On
ne peut pas prendre le risque d’apparaître comme ceux qui ne veulent jamais que
ça change" "La profession est divisée sur la question (des rythmes scolaires)"

Pourtant la direction du SNUIPP a organisé
elle-même un référendum qui montrait que la grande majorité des profs d’école
considérait que la question des rythmes n’était absolument pas la question
centrale pour améliorer le fonctionnement de l’école primaire. De même la grande
majorité était contre le passage de 4 jours à 4 jours et demi !

Une représentante de l’Ecole Emancipée : "Il
faut arrêter de dire qu’on serait pour Darcos parce qu’on est contre le projet
Peillon: quand la FSU a-t-elle combattu les réformes Darcos?"
, puis
s’adressant au secrétaire national du SNUIPP :"Si tu crois vraiment ce que tu
dis sur les rythmes scolaires, il va bientôt te falloir un service d’ordre pour
pouvoir entrer dans les écoles"

Le secrétaire général du SNETAP (enseignement
agricole) a fait savoir que pour son syndicat, la seule question du transfert de
la carte des formations professionnelles aux régions justifiait de voter contre,
et qu’il avait un "mandat clair" à ce sujet pour les instances du ministère de
l’agriculture 

Un représentant d’URIS : "Je suis pour le
retrait du projet de décret sur les rythmes scolaires… et une véritable
négociation pour une véritable refondation"

 

Dans les congrès départementaux de la FSU,
puis dans son congrès national, nous invitons les militants, les syndiqués
quelle que soit leur appartenance de tendance à amplifier le combat pour que
la FSU rejette le projet de loi Peillon et le décret « rythmes scolaires »

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