Lettre de liaison N° 196
– 23 mars 2012
Dès maintenant portez vous candidats sur la liste
Front Unique aux élections internes de la FSU !
Lors des CDFN des 13 et 14 Mars, la direction de la
FSU a fait adopter une résolution fleuve au milieu de laquelle on peut trouver
la phrase suivante :
"La poursuite de cette politique ouvrirait la
voie à de nouvelles régressions pour les salariés et tous les citoyens. La
réélection de Nicolas Sarkozy renforcerait les attaques subies au long de son
mandat. "
C’est le moins qu’on puisse dire : autonomie totale
des établissements et possibilité pour les chefs d’établissements de recruter
les profs, nouveau service à 26 heures (sur la base du volontariat… dans un
premier temps), liquidation de l’obligation scolaire jusqu’à 16 ans via l’envoi
en apprentissage de dizaines de milliers de jeunes dès 14 ans. Ce n’est là que
l’aspect enseignant du programme de Sarkozy qui a mis au centre de sa campagne
la chasse aux chômeurs, aux immigrés etc.
Mais si « la réélection de Nicolas Sarkozy
renforcerait les attaques subies au long de son mandat », la conclusion ne
doit-elle pas être tirée ? A savoir : la direction de la FSU doit appeler à
battre Sarkozy en utilisant pour cela, dans le cadre des élections, le vote pour
les candidats présentés par les partis issus du mouvement ouvrier, chacun selon
son choix au premier tour ; et au second tour pour celui d’entre eux resté en
lice.
Or non seulement la direction de la FSU (Unité
Action – Ecole Emancipée) n’a pas au CDFN adopté cette position mais elle lui a
tourné le dos en appelant à rejeter la motion présentée par le courant Front
Unique. Elle a reçu sur cette position le soutien du courant PRSI qui est allé
plus loin en demandant que le nom même de Sarkozy ne soit pas nommé : « Des
formules comme : « La réélection de Nicolas Sarkozy renforcerait les attaques
subies tout au long de son mandat » en tendant à nous placer sur le terrain d’un
appel à voter… risquerait d’affaiblir le combat pour les revendications »
(Jack Lefebvre, responsable PRSI)
On croit rêver ! Le « combat pour les
revendications » serait tout à fait indifférent à la réélection de Sarkozy.
Mieux même la meilleure façon de défendre les revendications serait… de ne pas
dire un mot contre la réélection de Sarkozy !
Le refus de la direction de la FSU de prendre
position sur ce qui constitue un enjeu majeur pour tout le prolétariat et la
jeunesse s’accompagne de moult tartufferies sur le terrain de la préservation de
l’ « indépendance syndicale ».
Mais qu’est ce donc que l’indépendance syndicale au
sens de l’indépendance de classe ? C’est d’abord l’indépendance par rapport à la
bourgeoisie et à l’Etat. Que le syndicat décide souverainement sur la base du
seul intérêt des travailleurs d’appeler à battre et chasser Sarkozy à l’occasion
des élections ne contrevient en rien à l’indépendance syndicale. Bien au
contraire, le refus de le faire est une marque de soumission jusqu’au bout au
gouvernement Sarkozy Fillon et à son ministre Bertrand qui a mis en garde contre
toute « atteinte à la tradition de neutralité des syndicats ».
On ne peut que faire le lien entre le refus de la
direction de la FSU de prendre position pour battre et chasser Sarkozy sur le
terrain électoral et son refus d’organiser la mobilisation pour le boycott du
CTM du 15 mars où était à l’ordre du jour le projet de décret sur l’évaluation
des enseignants. Pendant plusieurs mois, les dirigeants du SNES, du SNUIPP, de
la FSU, des autres fédérations (sauf le SGEN) avaient refusé de discuter de ce
projet avec le gouvernement. Ils avaient même boycotté le premier CTM convoqué à
ce sujet. L’offensive gouvernementale en avait été sérieusement contrariée.
Devant l’acharnement du gouvernement, et la reconvocation du CTM, le 15 ; il n’y
avait qu’une alternative : ou bien se plier à la convocation gouvernementale, et
donc, quelque soit le vote au CTM, permettre au gouvernement de faire un pas
décisif vers l’adoption du décret ; ou bien boycotter à nouveau le CTM ce qui
supposait pratiquement d’appeler les enseignants à se rendre en masse au
ministère ce jour là. La direction de la FSU a clairement choisi la voie de la
soumission.
Le CDFN de la FSU qui vient de se tenir a adopté le
calendrier des élections pour le renouvellement des instances dirigeantes de la
FSU. Le courant Front Unique doit à cette occasion rassembler 150 noms de
syndiqués FSU pour pouvoir présenter son orientation au vote des syndiqués.
Notre orientation est claire : Front Unique pour battre et chasser Sarkozy.
Car, adossés à cette première victoire contre le candidat commun du MEDEF en
France, des Merkel, Cameron, Rajoy à travers toute l’Europe, les travailleurs
seraient en meilleure position non seulement pour résister aux furieux plans de
la bourgeoisie pour leur faire payer la crise, mais au-delà pour faire prévaloir
contre le pouvoir du capital leurs propres solutions.
Vous
trouverez joint un formulaire de candidature. Merci de le renseigner (le nom
de la liste est FRONT UNIQUE) et de l’envoyer signé soit à :
Roland MICHEL, Front Unique, 46 rue de Trémonteix, 63100 Clermont Ferrand,
soit en le transmettant à un
militant de votre connaissance.
Présentation de la motion
Front unique sur les élections présidentielles (Intervention de Yves Ankaoua)
Ce qui doit déterminer la position de notre
fédération par rapport aux élections présidentielles, c’est le résultat qui
serait le plus favorable pour promouvoir les revendications, pour résister aux
régressions.
Nul n’en doute, de ce point de vue, le pire serait
la réélection de Sarkozy.
L’ajout in extremis d’une phrase dans le texte
action (« la réélection de Nicolas Sarkozy renforcerait les attaques subies au
long de son mandat. ») est positive mais très nettement insuffisante.
La commission exécutive de la CGT était allée dans
le même sens hier en disant :
« Au vu du bilan et des projets du président de la
république, sa réélection ouvrirait, à coup sûr, une nouvelle séquence de lourds
reculs sociaux. »
Mais elle disait aussi : « La CGT ne saurait être
neutre au regard de la gravité de la situation »
La FSU, elle aussi, ne saurait rester neutre en
s’adressant à l’ensemble des candidats comme la direction le préconise.
Notre fédération doit clairement appeler à battre
Sarkozy ainsi que les autres candidats bourgeois (Bayrou et Le Pen) ennemis de
l’Enseignement public et des acquis ouvriers.
Pour cela, elle doit appeler à voter exclusivement
pour les candidats des partis issus du mouvement ouvrier.
Bien évidemment, il ne s’agit aucunement de prendre
en charge leurs programmes et, quel que soit le résultat des élections, la FSU
se situera sur le seul terrain de la défense des revendications des personnels.
Tel est le sens de la motion présentée par le
courant front unique.
Motion Front Unique
Battre Sarkozy (Le Pen et Bayrou) aux
élections présidentielles
Le CDFN de la FSU considère que la défense des
travailleurs, des services publics, de l’Enseignement public exige que
Sarkozy soit battu et chassé lors des élections présidentielles.
Il se prononce évidemment aussi pour que soient
balayés Marine Le Pen et les candidats des partis bourgeois ennemis de
l’école publique et de tous les acquis sociaux.
Sans à aucun moment prendre en charge leurs
programmes, et en se situant quelle que soit l’issue des élections sur le
terrain de la défense des revendications de ses mandants, le CDFN de la FSU
appelle par conséquent les travailleurs à voter, chacun selon ses
convictions, pour les candidats des partis issus du mouvement ouvrier au
premier tour et au second tour et à assurer la défaite de Sarkozy (ainsi que
Bayrou et Le Pen).
Pour : 6 Contre : 74
Abstention : 6 Refus de vote : 6
Évaluation des enseignants : intervention dans
le débat général mardi 13 mars (Yvon Breda)
Ce CDFN se tient à un moment critique du combat des
enseignants contre le projet de « réforme » de l’évaluation.
Depuis trois mois, le gouvernement est en
difficulté : le projet de décret « réformant » l’évaluation, qui devait être
publié le 1er janvier, reste en suspens. Il y a à cela deux raisons : la
mobilisation des collègues, avec leurs syndicats, le 15 décembre et le 30
janvier, sur le mot d’ordre de retrait, mais aussi le refus des directions
syndicales, jusqu’à maintenant, de discuter de ce projet.
Pourtant, à un mois des élections, le
gouvernement tente un véritable putsch législatif pour faire passer son projet.
Le Comité Technique Ministériel, organisme consultatif, qui constitue la
dernière formalité au niveau de l’enseignement public avant publication du
texte, a été convoqué. Le 8 mars, au pied du mur, la quasi-totalité des
directions syndicales, à l’exception de la CFDT, ont décidé de boycotter la
première session de ce CTM.
C’est ce que proposait le courant Front Unique dès
le BDFN du 27 février et que la direction fédérale a rejeté à ce moment-là. A
cette date, en effet, nous savions déjà tous que le SGEN-CFDT ne voterait pas
contre le projet gouvernemental : le texte avait été écrit pour lui et avec lui,
et le gouvernement n’aurait jamais relancé la machine s’il n’avait été sûr
d’obtenir son soutien. Dès le 27 février, nous savions et nous avons dit qu’il
fallait boycotter le CTM et même interdire sa tenue. Un temps précieux a été
perdu.
La deuxième session du CTM est convoquée le 15
mars, c’est-à-dire jeudi. Cette fois, il n’est plus question de boycott puisque
le quorum n’est plus nécessaire. Si les dirigeants de la FSU répondent à
l’injonction de Chatel, s’ils vont siéger à ce CTM, quoi qu’ils disent et quoi
qu’ils votent, il s’agira d’une reprise du « dialogue » avec le gouvernement et
la voie sera ouverte à la publication du décret rejeté par la grande majorité de
la profession.
Il n’y a pas de raison de croire qu’il en serait
autrement du Conseil Supérieur de la Fonction Publique d’État, qui sera convoqué
ultérieurement et où les conditions sont nettement plus défavorables aux
enseignants et à leurs organisations. C’est maintenant que les choses se
décident, c’est maintenant que l’alternative réelle est posée : soit les
dirigeants syndicaux engagent l’affrontement avec le gouvernement Sarkozy-Fillon,
soit ils cèdent à son coup de force.
Alors c’est à la direction de la FSU, première
fédération syndicale de l’enseignement public, de trancher. C’est sur ses
épaules que repose la responsabilité décisive.
Je demande que le CDFN reprenne à son compte les
demandes adoptées hier par les enseignants du collège Tavan d’Avignon – et je
demande que ce vote ait lieu aujourd’hui, pas demain, car le temps presse :
« Après le boycott du CTM du 8 mars par la
majorité des organisations syndicales, le gouvernement n’a pas renoncé à
faire passer son décret sur l’évaluation des personnels d’enseignement,
d’éducation et d’orientation : il annonce la tenue d’un nouveau CTM dans le
courant de la semaine.
Ce projet de réforme est rejeté par la
profession, qui a bien compris qu’il s’agit, « sous couvert d’évaluation,
d’imposer un changement radical de la nature de nos métiers ».
La quasi-totalité des organisations syndicales
se sont prononcées pour son retrait et ont jusqu’à présent refusé de le
négocier.
C’est pourquoi les personnels du collège Tavan
réunis en HIS le lundi 12 mars 2012 s’adressent à la direction de leurs
organisations syndicales et en premier lieu à celle de la FSU, majoritaire :
–Boycottez
le prochain CTM au cours duquel ce projet de décret doit être présenté.
–Appelez
nationalement au rassemblement au ministère et pour cela à la grève, pour
imposer le retrait du projet de décret et interdire pratiquement la tenue du
CTM chargé d’examiner ce projet. »
Plusieurs intervenants dans le débat général reviennent sur la
question du CTM. Parmi ces interventions :
– Jack Lefebvre (PRSI) : « On peut se féliciter de tout ce qui a
été fait depuis décembre (…) Peut-être pouvons-nous obtenir le retrait (…) La
participation au CTM, ça se pose (…) L’autre échéance, c’est la tenue du CSFPE :
là, nous avons le temps d’organiser des actions pouvant aller jusqu’à la
grève. »
– Daniel Robin (SNES) : « Imaginer un seul instant qu’un appel à la
grève jeudi prochain puisse marquer les esprits, c’est se payer d’illusions (…)
Le 15, je ne veux pas laisser le SGEN en tête-à-tête avec le ministre, je veux
placer le SGEN en face de ses responsabilités »
– Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, conclut dans
sa synthèse, avant le passage au vote : « Vous avez bien compris qu’on
n’appelait pas à la grève jeudi. »
Résultats du vote sur la motion du collège Tavan :
Pour : 7
(Front Unique et Émancipation)
Contre :
71 (dont SNES, SNEP, SNUIPP, PRSI, et la majorité de l’École Émancipée)
Abstentions : 2
Refus de
vote : 9
Intervention dans le débat
sur l’action (Yvon Breda)
Ce CDFN est le dernier avant
la tenue des élections. De ce point de vue, le texte « Action » qui est soumis
au vote par la majorité fédérale a une valeur particulière. Dans une certaine
mesure, il dresse un bilan de l’orientation qui a été celle de la FSU pendant
les cinq années passées sous Sarkozy. Dans une autre mesure, il esquisse les
perspectives dans lesquelles la FSU entend se disposer après les élections.
Dans la version initiale de ce projet, le nom même
de Sarkozy n’était même pas mentionné. Il vient d’être introduit à la dernière
minute. Il eût été dommage d’oublier à qui on doit le déluge de coups subi par
le corps enseignant depuis 5 ans !
Un autre « gros mot » est, lui, soigneusement
écarté de ce texte : celui d’abrogation. La direction fédérale demande
« l’abandon » de la LRU, la « remise à plat » du système de retraites, elle
« condamne » l’apprentissage à 14 ans et « s’oppose » au socle commun… Dans
mon établissement, la position adoptée par mes collègues est plus claire : c’est
le boycott du livret de compétences, la demande adressée à la direction du SNES
que ce boycott soit organisé nationalement, ce qui n’est pas le cas
actuellement !
Évacuer l’exigence d’abrogation des contre-réformes
mises en place depuis 5 ans, l’exclure des « propositions » que la direction
fédérale adresse aux « candidats », cela coupe court à toute possibilité de
revenir sur les ravages occasionnés par la politique de Sarkozy. L’assurance est
donnée aux « candidats » que, quoi qu’il arrive à l’issue des élections, la
direction de la FSU poursuivra la politique qu’elle a menée depuis 5 ans avec
Sarkozy : celle du « dialogue social » sur le terrain du gouvernement. Avec les
résultats qu’on connaît !
Le texte « Action » propose ainsi de débattre d’un
« nouveau pacte éducatif » après les élections : que peut-être ce « nouveau
pacte », sans abrogation de la « réforme » de la formation des maîtres, sans
abrogation de la LRU, etc ? Cette « proposition » est effectivement taillée sur
mesure pour n’importe quel « candidat », Sarkozy inclus. En revanche il est
impensable que, formulé de cette manière, ce « pacte » puisse être favorable à
l’enseignement public.
Sarkozy a déclaré qu’il resterait président
« jusqu’au dernier jour de son mandat ». La réponse de la direction fédérale,
c’est que, jusqu’au dernier jour, elle continuera de « dialoguer » avec lui. Et
c’est cela qui se concentre dans la volonté d’ « interpeller les candidats ».
Mais revenons à l’ « action », puisque c’est
sensé être le sujet de ce texte : la réalité, camarades, c’est que le
véritable vote en la matière a eu lieu hier, lors du vote que j’ai demandé sur
la « réforme » de l’évaluation !
ñCe
qu’a voté la direction fédérale – avec les dirigeants de PRSI, de l’École
Émancipée, du SNES, du SNEP, du SNUIPP etc. – c’est à une écrasante majorité, le
refus d’un appel national à la grève. Or, localement, les mêmes
dirigeants appellent les collègues à faire grève sur des objectifs nationaux, en
particulier le rétablissement des postes supprimés ! Peut-on obtenir cela dans
un département ? Assurément pas. En Seine-Saint-Denis, demain, les collègues
sont appelés à entrer en grève dans l’objectif d’aboutir à un « mouvement
d’ensemble » : le vote du CDFN montre que les dirigeants mentent aux collègues
et aux militants.
ñCe
qui a été voté également, c’est la décision de répondre au coup de sonnette
de Chatel en allant siéger au CTM sur l’ordre du jour qu’il a choisi. Quand
bien même il n’est désormais plus possible d’organiser l’interdiction de ce CTM,
pour n’importe quel militant syndical digne de ce nom, ce devrait être une
question de principe, une question d’honneur que de refuser de se soumettre à
l’injonction du ministre et d’aller s’asseoir à sa table !
Oh, certes, Daniel Robin nous a donné hier un
argument de poids : il s’agirait d’aller « démasquer le SGEN ». Eh bien non, la
direction du SNES ne se cachera pas derrière son petit doigt ! Ce qui va se
passer, demain, ce n’est pas le petit SGEN qui va trahir les enseignants – il
n’en a pas les forces – c’est la grande FSU qui va capituler (cris du côté de
la direction du SNES).
On nous a dit encore que le CTM n’est qu’une étape,
qu’il y aurait le CSFPE dans quinze jours et qu’alors, il pourrait y avoir des
actions « allant jusqu’à la grève ». Mais, outre que la simple consultation du
calendrier nous permettra de déduire qu’il s’agit d’un poisson d’avril, à trois
semaines des élections, on voit mal comment la FSU pourrait décider dans quinze
jours ce qu’elle n’a pas décidé il y a quinze jours, dans la préparation du CTM !
Il y a quinze jours, nous savions déjà que ce
qui se passe en ce moment même allait se passer : nous savions que le SGEN
ne voterait pas contre le projet de décret, nous savions qu’il n’y aurait pas de
vote unanime et nous savions qu’il fallait organiser le boycott. (Cris du
côté des dirigeants du SNES) Pas de blague ! Nous le savions et ça a été dit
au BDFN. Vous ne vouliez pas du boycott, vous avez voté contre le boycott, et au
pied du mur vous avez finalement boycotté ! Vous ne vouliez pas interdire le
CTM, vous avez voté contre le rassemblement au ministère, et demain vous allez
répondre à l’appel du ministre ! La vérité, c’est que lorsque l’alternative a
été posée entre affronter pour de bon le gouvernement Sarkozy-Fillon ou
capituler, vous avez finalement décidé de capituler.
Ce qui est voté aujourd’hui, c’est un acte de
défaite. Si le courant Front Unique se situait dans une démarche d’amendements
aux textes de la majorité fédérale, nous proposerions d’intégrer au texte
« Action » la phrase suivante : « Ci-gît l’indépendance des enseignants
vis-à-vis de leurs chefs d’établissements. » Mais il est inutile de préciser que
nous voterons contre le texte « Action ».
À la suite de cette intervention, Daniel Robin
(SNES) intervient : « Nous ne savions pas au BDFN ce qu’allait voter le
SGEN-CFDT, je ne le savais pas. Nous avions décidé de faire en sorte qu’il y ait
un vote unanime des fédérations contre le texte ministériel, et face au refus du
SGEN nous avons décidé de boycotter (…) Soyons sérieux, nous ne croyons pas
qu’il s’agit de faire plier le gouvernement et d’obtenir de ce gouvernement-là
le retrait de son texte. Ce que nous essayons de faire, c’est de retarder la
procédure pour que le texte ne soit pas publié à la veille des élections ».
Bernadette Groison ajoute, dans sa synthèse,
avant le vote : « Je ne sais pas ce que votera le SGEN demain… »
La vérité est que cela n’a aucune importance :
lors de la seconde session du CTM, même un « refus unanime » est dépourvu de
valeur.
Intervention de Benoît
Linqué : Combattre de manière conséquente contre les traités européens
réactionnaires, c’est combattre pour que Sarkozy soit défait et chassé !
Je suis d’accord avec
Daniel (Daniel Robin, secrétaire général du SNES, ndlr): la restructuration de
la dette grecque ne signifie absolument pas la fin de la crise. En réalité, une
partie des créances pourries détenues par les banquiers et les spéculateurs a
été transférée vers les autres Etats européens via l’UE, la BCE et le FESF,
renforçant ainsi la nécessité pour chaque gouvernement de cogner toujours plus
sur les travailleurs et la jeunesse
Plus que jamais le sort
des travailleurs grecs préfigure celui de tous les travailleurs d’Europe
-C’est dans une telle
perspective qu’il faut replacer le MES et le TSCG : il s’agit de traités
réactionnaires sur toute la ligne, émanant d’un rapport de force des chefs de
gouvernements tout aussi réactionnaires, en particulier Merkel et Sarkozy, qui
au-delà des antagonismes économiques qui les divisent, cherchent à unir leurs
forces pour généraliser en Europe les plans d’austérité à la grecque
On ne peut donc que se
féliciter du rejet par la FSU du MES et du TSCG.
Mais d’emblée une
contradiction saute aux yeux : comment la direction de la FSU peut-elle
prétendre combattre ces traités européens dont l’objectif est de nous faire
payer la dette des capitalistes tout en se situant en même temps sur le terrain
de la lutte contre les déficits et du remboursement de cette dette ?
D’autre part, rejeter ces
traités, ce n’est pas revendiquer une Union européenne plus « sociale » comme le
réclame un communiqué du BDFN en date du 29 février. La FSU doit au contraire
expliquer qu’aucune politique favorable aux travailleurs ne peut exister sans
rompre avec l’Union européenne des capitalismes, ses institutions, sa monnaie et
ses traités depuis celui de Maastricht jusqu’au MES et au TSCG.
Rejeter ces traités, ce
n’est pas non plus revendiquer un référendum. D’une part, un référendum dans le
cadre de la Ve République prend nécessairement une forme plébiscitaire et
anti-démocratique, le président-Bonaparte, se réservant le choix du moment et de
la question posée. D’autre part, les travailleurs français ont déjà fait les
frais d’une telle consultation : en 2005, ils ont voté non au TCE ce qui n’a pas
empêché Sarkozy de le faire revenir sous la forme du traité de Lisbonne.
Quant à la question
d’organiser une votation citoyenne, chacun, et en particulier les postiers, a pu
mesurer dans quelle impasse elle a enfermé la lutte contre le changement de
statut de la Poste
Enfin, rejeter les traités
européens, ce n’est pas faire porter à l’Union européenne tous les maux de la
Terre.
Jack Lefèvre (PRSI) est
intervenu hier matin pour souligner le fait que si ces traités sont ratifiés,
« ils interdiront aux syndicats de défendre les revendications »
Certes, le MES et le TSCG
constitueraient un point d’appui supplémentaire très important entre les mains
de chaque gouvernement national pour attaquer de plus belle les conquêtes
ouvrières
Mais, camarades,
fondamentalement, ce qui interdit aux syndicats de défendre les revendications,
ce ne sont ni l’Union européenne, ni les traités, c’est l’orientation des
directions syndicales en défense des gouvernements et du capitalisme en crise.
Au nom des sacrifices
partagés, dans tous les pays européens, les dirigeants syndicaux acceptent de
discuter des plans d’austérité aux côtés des gouvernements et des patrons au
lieu d’en exiger le retrait et de les combattre.
En France, si l’attaque
majeure contre la Sécurité Sociale que constitue la « TVA sociale » a été votée,
ce n’est pas parce que Bruxelles l’aurait imposée par un diktat à Sarkozy, c’est
parce que les directions syndicales l’ont laissé passer sans combattre Sarkozy.
L’appel intersyndical pour
la journée d’action du 29 février n’exigeait pas le retrait de la « TVA
sociale »
Quelques jours avant cet
appel, le BDFN du 6 février avait annoncé la couleur en rejetant la motion
présentée par FU qui demandait que la FSU se prononce pour le retrait de la
« TVA sociale » et qu’un front unique soit organisé sur cette question.
Dans ces conditions, la
voie était totalement dégagée pour que la majorité UMP vote en toute quiétude la
« TVA sociale » le 29 février, c’est-à-dire le jour même où les directions
syndicales appelaient les travailleurs à défiler pour une « Europe sociale », un
peu partout en France, mais le plus loin possible de l’Assemblée nationale où se
jouait pourtant l’avenir de la Sécurité Sociale.
L’exemple de la « TVA
sociale » montre bien que malgré l’existence de l’UE, le combat contre chaque
gouvernement au niveau national reste un élément central de la lutte des classes
pour défendre les acquis des travailleurs. C’est contre une telle nécessité que
se dresse la mobilisation symbolique devant la BCE à Francfort le 19 mai, à
laquelle entend s’associer la direction de la FSU
Puisque ce matin, nous
évoquons le contexte européen, je terminerai en insistant sur le fait que les
élections présidentielles ne constituent pas un enjeu pour les seuls
travailleurs français mais également pour l’ensemble des travailleurs européens
En effet, Sarkozy n’est
pas seulement le candidat commun du MEDEF et du capital financier français.
Derrière lui, s’alignent également tous les chefs d’Etat européens, Merkel,
Monti, Rajoy … c’est-à-dire ceux-là mêmes qui ont dressé les contours du MES et
du TSCG, ceux-là mêmes qui font saigner le peuple grec.
S’ils serrent ainsi les
rangs autour de Sarkozy, ce n’est pas par sympathie pour sa toute petite
personne, c’est parce qu’une défaite de Sarkozy porterait la marque du rejet de
la politique violemment anti-ouvrière, que les traités européens entendent
institutionnaliser.
En cela, une défaite de
Sarkozy constituerait également un échec pour tous les gouvernements qui mènent
des politiques aussi réactionnaires que lui et qui enchaînent des plans
d’austérité dans le cadre de l’Europe des capitalismes.
Dans ces conditions,
combattre aujourd’hui, autrement qu’en paroles, l’austérité et les traités
européens exige que la direction de la FSU se prononce clairement pour la
défaite de Sarkozy, l’un des architectes de cette Europe en guerre contre les
travailleurs, l’un des fers de lance de la réaction à l’échelle de tout le
continent.
