Lettre de liaison N° 192 – 10
janvier 2012
La
direction de la FSU doit s’adresser à celle de la CGT, de FO : ne vous rendez
pas au sommet social !
Intervention du courant Front Unique au BDFN de la FSU
Il n’y a pas eu de trêve des confiseurs pendant les congés de fin
d’année. Au contraire, simultanément, Sarkozy a engagé une attaque en règle
contre le droit de grève à Roissy, et annoncé lors de ses « vœux » une
démultiplication de l’offensive contre ce qui reste d’acquis pour les
travailleurs. La violence de ces annonces est suffisante pour affirmer qu’il n’y
aura pas non plus de trêve « électorale » : c’est en portant coup sur coup aux
travailleurs que Sarkozy préparera sa campagne.
Au centre de cette offensive, il y a la volonté de détruire la
Sécurité Sociale, de liquider le droit à la santé. C’est cela, la pleine
signification du projet de « TVA sociale ». En effet, la première conséquence de
cette mesure serait d’amputer immédiatement les salaires des travailleurs de
plusieurs dizaines de milliards d’euros au profit du patronat. Et les
travailleurs paieraient une seconde fois par le biais de l’augmentation de la
TVA. Ce n’est pas rien !
Mais au-delà, il y a la remise en cause directe de la Sécurité
Sociale dans ses principes mêmes : ce que les médias appellent « charges »,
les cotisations « salariales » ou « patronales », c’est une partie du salaire,
un salaire différé qui garantit aux travailleurs le droit à être indemnisés en
cas de maladie. La fiscalisation de la Sécu revient à liquider ce droit : elle
ouvre grand la porte à l’intégration pure et simple du budget de la Sécurité
Sociale au sein du Budget de l’État, qui utiliserait l’argent à sa guise. C’est
le prélude à un gigantesque hold-up sur le dos des salariés.
Là où conduirait ce type de mesure, on peut en avoir une idée :
en Grèce, d’ores et déjà des malades se voient refusé l’accès aux soins s’ils ne
peuvent pas payer les médicaments ; en Grande-Bretagne, le gouvernement Cameron
vient de signifier aux dizaines de milliers de victimes de la société PIP que
l’hôpital public n’assumerait pas leur prise en charge. En Allemagne et aux
États-Unis, conséquence des contre-réformes, l’espérance de vie des travailleurs
est en baisse depuis plusieurs années.
Il y a changement d’échelle. Après les travailleurs grecs,
portugais, espagnols ou italiens, c’est au tour des travailleurs de ce pays
d’être invités à payer pour la crise des capitalistes. Avec leur chair, avec
leur sang. Tous les travailleurs, ceux du public comme du privé, sont concernés.
Dans le cadre de son offensive, Sarkozy réserve un sort particulier
aux enseignants. Il l’a annoncé : il veut en finir avec les statuts de 1950,
il veut liquider ce qui reste de l’enseignement professionnel et démultiplier
l’apprentissage précoce. Il programme la casse du cadre national de
l’enseignement public – et ça commence dès maintenant, avec un transfert de
pouvoirs aux recteurs. L’accès égal pour tous les jeunes aux études primaires et
secondaires sur l’ensemble du territoire est remis en cause.
Mais pourquoi cette hargne particulière? Précisément, parce que
c’est dans le secteur de l’enseignement que Sarkozy et son gouvernement sont
aujourd’hui en difficulté. Il faut quand même le souligner, car je ne l’ai
pas entendu à ce BDFN : la « réforme de
l’évaluation » dont les décrets de mise en œuvre devaient être publiés
dès le 1er janvier, a dû être reportée. C’est le résultat du front unique
des organisations syndicales qui s’est constitué sur le mot d’ordre de retrait.
C’est aussi la conséquence du refus, affirmé par les syndicats et en particulier
par la FSU, de discuter du projet de contre-réforme. La preuve est faite :
quand les organisations syndicales unies rompent le dialogue avec le
gouvernement, ce dernier se trouve en difficulté. Il faut se féliciter sans
équivoque de cette position adoptée par la fédération.
Alors, maintenant, comment faire pour donner un coup d’arrêt à
l’offensive de Sarkozy ? Il faut, pour commencer, que la FSU et ses
syndicats fassent connaître à tous les collègues leur refus clair et net de la
« concertation » sur le décret évaluation Il
faut qu’elle s’adresse à tous les syndicats de l’enseignement public pour qu’ils
en fassent de même.
Mais l’attitude qui est celle de la FSU dans l’enseignement, c’est
celle que devraient adopter aujourd’hui les dirigeants des confédérations
ouvrières, de la CGT et FO en particulier. Pour mettre en œuvre son
offensive, Sarkozy a convoqué ces dirigeants au sommet dit « pour l’emploi » du
18 janvier. Ce à quoi servira cette « concertation » ? Fillon, Wauquiez et
Pécresse l’ont annoncé dès la rentrée : la « TVA sociale » doit être votée au
Parlement dès février. Auparavant, une nouvelle loi contre le droit de grève
dans les transports doit être votée dès le 24 janvier. Aller au sommet social
dans ces conditions, c’est donner au gouvernement la garantie dont il a besoin
pour poursuivre sa politique.
Alors, la responsabilité de la direction
de la FSU, loin de demander une petite place à la table de Bertrand, c’est de
s’adresser à Thibault et Mailly pour leur dire : n’y allez pas !
Parce qu’aujourd’hui, la seule perspective, c’est la constitution d’un front du
refus, un front unique de toutes les organisations ouvrières pour défaire
l’offensive de Sarkozy et de son gouvernement.
