Le gouvernement organise
trois mois de concertation supplémentaires pour faire passer le décret
évaluation.
Les syndicats de la FSU (SNES, SNUIPP, SNEP,
SNUEP) doivent décider :
Boycott de la concertation gouvernementale !
Intervention du courant Front Unique au BDFN de la FSU
Jeudi dernier à Toulon, Sarkozy a tenu un discours de guerre contre
les travailleurs et la jeunesse. En 2008, son discours sur la « moralisation
du capitalisme » tenait lieu de paravent aux cascades d’argent public déversées
aux patrons et aux banquiers. En 2011, les plans dits de « relance » ont porté
leurs fruits… c’est la récession !
Il s’agit aujourd’hui de payer l’ardoise, d’autant plus que la crise
s’approfondit ! Et là, plus question de « morale ». Le parterre de patrons
triés sur le volet, venus écouter Sarkozy, a été amplement rassuré : ils ne
paieront rien, au contraire. Pour eux, les cadeaux en tous genres continueront.
Ce sont les travailleurs qui paieront pour les frasques passées et à venir du
capitalisme en faillite.
En première ligne, il y a le droit du travail, les garanties
collectives des travailleurs, notamment celles qui portent sur la durée légale
du temps de travail. C’est le sens qu’il faut donner à la dénonciation des
« 35 heures » par Sarkozy. Ce qu’il condamne, ce n’est pas la loi Aubry, qui a
permis de généraliser la flexibilité : c’est ce qu’il appelle « les freins à la
compétitivité » – en premier lieu les droits acquis et collectifs en termes de
temps de travail.
A travers la volonté de liquider tout « frein » à l’exploitation,
c’est un pilier central, décisif dans tout l’édifice des acquis ouvriers, qui
est menacé. Ces « freins » sont le produit d’un combat fondateur du
mouvement ouvrier : des manuels scolaires rendent compte aujourd’hui encore du
combat de la CGT pour la journée de huit heures. Remettre en cause ce qui reste
d’acquis en la matière, c’est s’en prendre à toutes les garanties salariales,
tous les freins à l’exploitation, toutes les conventions collectives. Et c’est
cette même volonté politique qui est au cœur des projets de contre-réforme des
statuts dans le secteur public.
C’est à cela que Sarkozy veut associer les organisations syndicales,
en les conviant au « sommet pour l’emploi » au mois de janvier. Un intitulé
qu’il faut comprendre comme une antiphrase : c’est en réalité un sommet pour le
chômage et l’exploitation sans bornes. Sarkozy fustige ainsi toute idée de
« partage du travail », préconise d’alléger le coût des heures supplémentaires
et de les démultiplier, confirme sa volonté d’aggraver les coupes budgétaires et
les suppressions de postes dans le secteur public. Etre moins à travailler plus,
pour gagner moins : voilà ce qu’il propose ! Que reste-t-il à « discuter », dès
lors ? Rien du tout !
La Sécurité Sociale est elle aussi dans la ligne de mire. Et
Sarkozy propose encore aux dirigeants syndicaux de s’asseoir aux premières loges
du saccage : le Haut Conseil de Financement de la Protection Sociale – intitulé
qui bannit jusqu’au nom même de Sécurité Sociale. D’une part, il s’agit de
poursuivre déremboursements et révision des prestations sociales à la baisse –
comme l’a indiqué le vote d’une journée de carence pour les fonctionnaires. Mais
surtout, d’autre part, il y a la remise en cause du principe même de la Sécurité
Sociale comme acquis ouvrier, fondé sur le salaire différé : c’est le sens des
propositions de « TVA sociale » et de hausse de la CSG, nouveau racket imposé
aux travailleurs tandis que les patrons sont exonérés de milliards d’euros de
cotisations.
Bref, il y a aujourd’hui un saut qualitatif dans l’offensive annoncée
du gouvernement Sarkozy-Fillon : il ne s’agit plus « seulement » de porter
des coups aux acquis ouvriers, mais d’œuvrer à leur liquidation pure et simple.
Sarkozy a besoin, pour cela, de la coopération des directions
syndicales. C’est ce qu’illustre pratiquement, aujourd’hui, la manœuvre en
recul de Chatel dans l’enseignement public. On le sait, avec son projet de
« réforme » de la notation des enseignants, le gouvernement Sarkozy-Fillon
entendait porter la hache dans les statuts des enseignants dès avant le
réveillon : le Comité Technique Ministériel, prévu le 20 décembre, devait
constituer la dernière formalité avant publication du décret.
Mais le gouvernement s’est heurté à la constitution d’un front
unique des organisations syndicales sur l’exigence du retrait, expression de
l’indignation massive des collègues, qui se préparent à faire grève massivement
le 15 décembre. Oh, certes, le SGEN-CFDT, fidèle à sa nature, s’est empressé de
s’asseoir sur son appel à la grève au premier appel de phare de Chatel, conviant
les directions syndicales au « dialogue » sur la mise en place de sa
contre-réforme. Un crève-cœur pour les partisans de l’ « unité » avec Chérèque !
Mais en l’occurrence, c’est la position du SNES et du SNUIPP, syndicats
majoritaires, qui est décisive : et le fait est que le gouvernement reporte
l’adoption de son projet au printemps.
La preuve est faite : quand les organisations syndicales réalisent
le front unique sur le terrain des revendications, quand elles refusent le
« dialogue social », le gouvernement se trouve en difficulté et il devient
possible de lui infliger une défaite. Il faut, à cet égard, se féliciter de
la position réaffirmée du SNES, qui a déclaré : « (le ministre)
a réaffirmé sa volonté de placer le chef
d’établissement comme seul évaluateur des enseignants. Contrairement au
SGEN-CFDT qui se contente d’une promesse de discussions sur ces bases, le SNES
considère qu’aucune négociation n’est possible sur la base d’un texte qui
instaure le chef d’établissement comme seul évaluateur des enseignants et CPE et
maintient sa demande de retrait préalable des textes proposés »
Mais le gouvernement n’est pas encore
défait. Il propose aujourd’hui deux
nouvelles tournées de concertation pour entendre « les propositions alternatives
des syndicats », puis pour réécrire un projet de décret… où
« l’appréciation de la valeur professionnelle fondée sur un entretien triennal »
resterait l’objectif central.
Il faut donc être clair : la conséquence
logique de l’orientation défendue par le SNES, c’est que la FSU et ses syndicats
doivent déclarer qu’ils refuseront de répondre à la convocation du ministre,
et inviter les autres syndicats enseignants à faire de même. C’est ainsi que
pourrait effectivement être ouverte la voie au retrait pur et simple du projet
Chatel. Un tel combat dans l’enseignement public constituerait un point d’appui
pour l’ensemble des travailleurs, contre l’offensive du gouvernement qui œuvre à
leur faire payer la crise.
Face aux attaques sans précédent annoncées
par Sarkozy et son gouvernement, la FSU doit refuser toute concertation sur les
plans de destruction des garanties collectives, de la Sécurité Sociale. Elle
doit refuser de participer au « sommet sur l’emploi » de janvier, boycotter le
Haut Conseil de Financement de la protection Sociale, inviter les confédérations
ouvrières (CGT, FO) à faire de même.
