Lettre de Liaison N°359 – 23 septembre 2024
Lettre de Liaison N° 359 – 23 septembre 2024 :
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Aucune concertation avec le gouvernement ultra-réactionnaire Macron-Barnier !
À bas son budget de guerre contre les travailleurs et la jeunesse !
Front uni des organisations syndicales pour en empêcher l’adoption !
La double défaite électorale de Macron a ouvert une profonde crise politique et c’est bien le RN qui en sort renforcé. Au nom d’un « front républicain » contre le RN, les partis du NFP ont retiré leurs candidats pour permettre l’élection de Borne, Darmanin et Wauquiez, ennemis acharnés des travailleurs, de la jeunesse et des immigrés. Les directions syndicales ont pleinement appuyé le NFP dans cette position.
Ce « front républicain » censé faire barrage au RN et à ses “idées”, a abouti à la nomination par Macron de Barnier comme premier ministre, avec le soutien des partis bourgeois Renaissance-Modem-Horizon-LR et le consentement du RN.
Barnier est un représentant de LR. En 2021, son programme, c’était la retraite à 65 ans et des propositions contre l’école (suspension des allocations familiales pour certains parents, recrutement des équipes éducatives par les chefs d’établissement et instauration de l’apprentissage dès 14 ans).
Mais surtout, il s’était distingué par ses préconisations contre les immigrés, récemment réitérées, très proches du RN. A tel point que Marine Le Pen, dans La Tribune Dimanche du 8 septembre , a indiqué : « Il est incontestable que Michel Barnier semble avoir, sur l’immigration, le même constat que le nôtre. Maintenant nous attendons de lui des actes ».
Pour Macron, le nouveau gouvernement doit poursuivre et amplifier les attaques contre les travailleurs et la jeunesse. Et pour cela, un budget aux coupes massives contre la santé et l’école et contre tous les domaines sociaux, déjà en situation critique. Et au contraire, l’augmentation des budgets de l’armée et de l’intérieur.
Face à ce gouvernement de guerre généralisée contre les acquis du prolétariat, la responsabilité de notre fédération est de se dresser contre lui et de préparer l’affrontement.
La FSU doit clairement condamner le budget en gestation et préparer la mobilisation pour empêcher son adoption. Pour cela, la FSU doit œuvrer à la constitution d’un front uni des organisations syndicales (en particulier CGT-FO-FSU). Avec en perspective la préparation d’une manifestation nationale à l’Assemblée pour interdire l’adoption du budget scélérat.
Ce gouvernement instable prépare une offensive généralisée contre les travailleurs
En raison de la crise du capitalisme français, le gouvernement Macron-Barnier a des objectifs très ambitieux. Et comme il ne bénéficie pas d’une majorité – même relative – à l’AN, il est de fait l’otage du RN, maître de sa survie.
Manquant de force à l’AN, Barnier espère en trouver ailleurs. Le 6/09, il a déclaré sur TF1 : « on doit respecter et prendre en compte les partenaires sociaux, les syndicats. Notre pays a besoin de syndicats forts ».
La ficelle est énorme ! Quand il évoque les partenaires sociaux et les syndicats, c’est dans un seul but : obtenir de leurs dirigeants la légitimation de ses projets. Son offre de concertation est toujours au service du gouvernement qui y recourt.
Quelle a été la réponse des dirigeants syndicaux de la fonction publique à sa proposition ? Dans une lettre à Barnier du 13 septembre, unanimes, ils écrivent : « Ainsi, nous souhaitons que la réforme des retraites de 2023 soit suspendue afin d’engager de nouvelles discussions. ».
La revendication qui était celle de tous les syndicats et de l’immense majorité des travailleurs (l’abrogation de la réforme des retraites) est purement évacuée pour une demande de suspension et d’engagement de « nouvelles discussions ». De « nouvelles discussions », c’est justement la proposition de Barnier, partisan de la retraite à 65 ans. Comme le relate Le Figaro, au cours de son interview à TF1 : « Il a souligné sa volonté de prendre le temps de discuter avec l’ensemble « des partenaires sociaux » concernés par la réforme [des retraites]. Si Michel Barnier entend ouvrir de possibles discussions sur le sujet, il veut, quoi qu’il arrive, respecter « le cadre budgétaire ». »
Pour Barnier, de « nouvelles discussions » auraient comme seul objectif, d’aggraver considérablement la contre-réforme de 2023.
Les directions syndicales de la FP, doivent refuser toute nouvelle discussion en ce domaine et exiger l’abrogation pure et simple de la réforme de 2023, et pas sa suspension.
En finir avec la stratégie des directions syndicales qui conduit toujours aux défaites
Pour le gouvernement, la concertation est toujours un moyen essentiel pour avancer dans la mise en œuvre de ses projets.
Mais à certains moments, quand les travailleurs se mobilisent, elle devient délicate, voire impossible. Ce fut le cas au moment de la contre-réforme des retraites de 2023. Mais alors, les dirigeants syndicaux ont refusé obstinément d’engager le combat centralisé pour interdire le vote de la loi contre nos retraites. En particulier, ils ont refusé d’appeler à une manifestation nationale et centrale devant l’Assemblée. Au contraire, ils ont multiplié les journées d’action, dilapidant les forces, au lieu de les concentrer – là où tout se décidait – à l’AN.
Les dirigeants syndicaux, dont ceux de notre fédération, sont responsables de notre défaite.
Pour le choc des savoirs, là encore, la direction nationale du SNES a refusé de convoquer une manifestation nationale au ministère de l’Éducation nationale, pour imposer le retrait du choc des savoirs. Au contraire, à nouveau, au lieu de centraliser et de concentrer les énergies, elle a multiplié les grèves de 24h et les actions décentralisées, pavant la voie à la défaite.
À bas le budget Macron-Barnier !
Notre fédération doit refuser toute concertation avec ce gouvernement, notre ennemi déterminé. Il doit préparer l’affrontement indispensable pour empêcher l’adoption de son budget scélérat.
Prétendre qu’il pourrait y avoir des « avancées » sur nos revendications (salaires, statuts, conditions de travail…) sans empêcher l’adoption du budget, est une tartufferie.
Quant à prétendre obtenir l’abrogation des contre-réformes (retraites, choc des savoirs, Lycées etc), sans se battre contre le budget qui est une arme dans leur application, encore une supercherie !
Notre fédération doit proclamer : À bas le budget Macron-Barnier !
Elle doit s’adresser aux responsables des autres organisations syndicales (en particulier CGT et FO) pour qu’ils se prononcent en ce sens et pour qu’ils constituent un front uni des syndicats pour interdire l’adoption de ce budget ultra-réactionnaire.
Avec pour perspective une immense manifestation nationale à l’Assemblée.
Décès de notre camarade Roland Michel
C’est avec une immense tristesse que les militants du courant Front Unique ont appris le décès de Roland Michel, le 3 août.
Roland a combattu pendant plus d’un an une maladie particulièrement agressive et fulgurante.
Il était un militant exemplaire qui, entre autres, a été le principal responsable national du courant Front Unique.
Il avait siégé pendant de longues années dans les instances nationales de la FSU et avait participé à de nombreux congrès nationaux dont le dernier à Metz en 2022.
Il était, jusqu’à son décès, le directeur de publication du site FU et de la lettre de liaison (des militants combattant pour le front unique des syndicats de l’enseignement public).
Et jusqu’au bout de ses forces, il était un contributeur essentiel dans l’élaboration de l’orientation de notre courant.
Il était aussi actif devant son ordinateur, que dans les instances syndicales et dans les manifestations.
Il était également un militant et un dirigeant du groupe pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire (et de l’Internationale ouvrière révolutionnaire) qui édite le bulletin Combattre pour le socialisme.
Et jusqu’au mois de juillet, il a apporté une contribution politique considérable dans une situation politique en France pour le moins confuse.
Ses obsèques ont eu lieu le 9 août à Clermont-Ferrand.
Nombreux étaient présents ses camarades et en particulier ceux de Front Unique.
Par-delà ses capacités politiques considérables, il était pétri de qualités humaines remarquables.
Nous perdons un camarade éminent. Beaucoup d’entre nous sont marqués par la tristesse.
Il va bien sûr nous manquer énormément. Mais il va aussi grandement nous inspirer pour poursuivre notre combat.
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Ci-après, l’intervention faite, au nom de FU, aux obsèques, le 9 août 2024, à Clermont-Ferrand.
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« J’interviens au nom de Front Unique qui est un courant syndical dans la FSU.
Pendant très longtemps, Roland en a été le principal responsable national.
Il tenait une place essentielle dans l’intervention de nos militants dans l’Éducation nationale et dans l’enseignement supérieur et la recherche.
Dans ces secteurs, notre audience dépasse largement notre force numérique.
Cela est dû, en grande partie, à une singularité du syndicalisme enseignant.
En 1947-1948, Le combat des trotskystes contre la scission syndicale avait permis la préservation de l’unité syndicale dans le cadre de la Fédération de l’Éducation Nationale.
Dans celle-ci était reconnu le droit de s’organiser en tendances syndicales qui recouvraient peu ou prou les différents courants du mouvement ouvrier.
Lors de la destruction de la FEN en 1992-1993, le principal des regroupements qui en est issu, la FSU, a été amené à maintenir ce droit de tendance.
Bien évidemment, le plus important dans cette affaire, a été la destruction de la FEN qui a conduit à un recul historique du mouvement enseignant dont on mesure chaque jour les conséquences délétères.
Mais le maintien du droit de tendance dans la FSU, nous a permis, avec la tendance Front Unique, de pouvoir déployer notre orientation avec un effet multiplicateur.
Cette orientation est déclinée sur notre site internet et dans nos lettres de liaison.
Roland avait salué, il y a 3 mois l’adoption par le congrès d’un syndicat national de la FSU (le SNASUB) d’une motion présentée par Front Unique.
Celle-ci condamnait l’entreprise génocidaire de l’État colonial et raciste d’Israël contre le peuple palestinien à Gaza. Elle exprimait un soutien inconditionnel au peuple palestinien, peuple opprimé. Et elle prônait l’organisation du boycott d’Israël par les organisations du mouvement ouvrier.
Mais la possibilité pour le courant Front Unique d’intervenir dans les instances nationales et dans les congrès de la FSU n’est pas une donnée permanente.
Tous les 3 ans, nous devons être capables de présenter une liste de syndiqués dont le nombre est augmenté régulièrement par la direction de la FSU qui espère que nous ne pourrons plus un jour franchir l’obstacle.
Si j’évoque cela, c’est que parmi les derniers combats de Roland, figurait la réussite de la constitution de notre liste de 160 syndiqués qui doit être déposée le mois prochain.
Vers la mi-juillet lors de notre ultime entretien téléphonique, alors qu’il savait que ses jours étaient comptés, il s’inquiétait encore de la collecte des derniers candidats nécessaires.
J’ai pu à cette occasion le rassurer en lui disant que nous touchions au but.
Roland était sollicité très souvent par les militants enseignants qui devaient intervenir dans une réunion.
Il répondait toujours et ne rechignait jamais à prodiguer des conseils toujours pertinents.
Il cherchait à expliquer et à convaincre plutôt qu’à faire preuve d’autorité.
Tous ses camarades – et moi le premier – savons ce que nous lui devons.
Au-delà de réponses circonstanciées, nous obtenions de lui, une méthode pour appréhender et résoudre des situations toujours différentes.
Tous les camarades du courant Front Unique lui rendront le meilleur des hommages en poursuivant avec constance et détermination son combat, notre combat. »
