Lettre de liaison N° 177 –
29 novembre 2010
Tirer les leçons de la
défaite subie sur les retraites: combattre pour imposer la rupture de la
« concertation »-trahison entre le gouvernement et les directions syndicales
Compte-rendu du CDFN de la FSU du 24 novembre
Le Conseil National de la FSU du 24 novembre s’est tenu dans des
conditions, mais aussi dans des circonstances très particulières. Première
instance dirigeante de la fédération à s’être réunie depuis le vote définitif de
la contre-réforme des retraites, ce CDFN aurait dû tout entier se pencher sur le
bilan de cette défaite, et en tirer les leçons. Alors que Sarkozy, profitant de
sa victoire politique, resserre son gouvernement en formation « de combat », un
tel bilan était indispensable pour faire face à l’avalanche de contre-réformes
d’ores et déjà en préparation – et que Fillon annonçait le jour même.
Telle n’a pas été la tâche que la direction fédérale – dans un rare
climat de consensus avec les autres courants de pensée, à l’exception de Front
Unique – lui a assignée. D’emblée réduits à une seule journée, sous prétexte de
la « journée de mobilisations » du 23 novembre (pourtant sans appel à la
grève!), les débats exprimaient pour l’essentiel un optimisme hors de
circontances[1].
« Il n’y a pas eu de victoire… mais ce n’est pas non plus une défaite », « La
loi, même votée, reste injuste et nous demandons son abrogation », « Ce
mouvement a été exceptionnel, inattendu, improbable », a-t-on entendu en
leitmotiv. Circulez, donc, il n’y a rien à voir dans le vote de la loi, ou,
comme l’a résumé Bernadette Groison: « L’essentiel est de savoir comment nous
allons continuer, dans le cadre de l’intersyndicale ». On ne change pas une
équipe qui gagne… au détriment des travailleurs et au compte du gouvernement!
Alors que Sarkozy s’est vanté publiquement d’infliger de lourdes
retenues sur salaires aux travailleurs en grève, que des millions de
travailleurs se voient imposer de travailler plus longtemps, pour une retraite
au rabais, que Woerth, en ultime cadeau de départ, a signé un décret
d’application de la loi « mobilité » ouvrant la voie au licenciement des
fonctionnaires, que Fillon enchaîne sur la « rigueur budgétaire», cette
occultation délibérée de la défaite ne doit rien à la naïveté. Elle remplit une
fonction politique: dissimuler aux yeux des travailleurs la responsabilité
majeure, décisive, qu’ont les directions syndicales dans l’élaboration, puis le
passage de la loi.
Rôle de l’intersyndicale avec Chérèque, qui par définition
s’opposait à toute exigence de retrait de la contre-réforme. Mais plus encore,
rôle du « dialogue social », par lequel les dirigeants syndicaux – ceux de la
FSU comme les autres – ont pavé la voie au passage de la loi. Est-ce un hasard
si, immédiatement après la victoire de Sarkozy, ont été précisés par décret les
nouveaux critères de « représentativité » des organisations syndicales dans la
Fonction Publique? Aucunement. Car il s’agit, pour le nouveau gouvernement
Sarkozy-Fillon-Juppé, de s’appuyer plus encore sur la concertation afin de faire
passer les contre-réformes que la crise lui impose de mettre en oeuvre à un
rythme sans précédent.
Les dirigeants de la FSU ont répondu présent, par avance: en
rejetant la motion Front Unique en défense du droit à la santé, mais aussi en
rendant publiques à l’issue du CDFN leurs « 20 propositions pour l’Ecole »,
totalement placées sur le terrain du budget de suppressions de postes et des
contre-réformes annoncées. La Lettre de Liaison y reviendra.
Malgré la défaite subie sur la question des retraites, la violence
des attaques nourries par la crise du capitalisme conduira les travailleurs à
reprendre le combat pour la défense de leurs conditions de travail et de vie.
Ils auront alors à tirer pratiquement les leçons de cette défaite: se
réapproprier leurs organisations, imposer le Front Unique sur le terrain de
leurs revendications et la rupture de la concertation-trahison sur le terrain
des contre-réformes gouvernementales. C’est dans cette perspective que
l’intervention du courant Front Unique s’est tout entière ordonnée.
Intervention d’Yvon Breda dans le débat général
Camarades,
Ce Conseil National devrait s’ouvrir sur une évidence: avec l’adoption
définitive de la contre-réforme des retraites, le 27 octobre, tous les
travailleurs de ce pays viennent de subir une très lourde défaite.
Pour Sarkozy, c’est une victoire cinglante. Sa première
traduction, c’est la constitution du gouvernement Fillon II. Sarkozy l’a dit:
c’est un « gouvernement de combat ». Fillon, l’homme de 2003, Bertrand,
l’homme de 2007, Juppé, l’homme de 1995 « droit dans ses bottes », le puant
Hortefeux, à la tête d’un super-ministère du racisme et de la répression, et
j’en passe: c’est un bataillon de choc, trempé par l’expérience des pires
contre-réformes depuis des décennies dans tous les secteurs, qui se prépare à se
lancer dans une offensive encore plus violente contre les conditions de vie des
travailleurs de ce pays.
L’offensive sur les retraites était un premier acte de guerre: il en
appelle d’autres. La crise du capitalisme prend aujourd’hui une ampleur
alarmante. La Grèce, le Portugal, l’Irlande sont au bord de la banqueroute. Les
centaines de milliards octroyés aux capitalistes pèsent d’un poids insupportable
sur les Etats. Le nouveau plan américain de 600 milliards a pour objectif
affiché de baisser artificiellement le cours du dollar: concrètement, c’est
faire peser sur l’euro et les Etats d’Europe le fardeau le plus lourd. La
réponse des capitalistes d’Europe, c’est la surenchère permanente, la
concurrence entre Etats bourgeois sur le terrain des « plans anti-crise »:
baisse des salaires, haro sur la santé, les retraites, les services publics, les
postes de fonctionnaires, le droit aux études… Il faut faire payer la crise
aux travailleurs et à la jeunesse. Pour les capitalistes, il ne doit pas y
avoir de trêve dans le train des contre-réformes; au contraire, il faut
accélérer.
C’est ça, l’objectif du gouvernement Sarkozy-Fillon-Juppé: et la
défaite que les travailleurs viennent de subir le place dans les meilleures
dispositions pour l’atteindre. Or ce bilan, cette défaite, c’est le bilan du
« dialogue social », c’est le bilan de l’intersyndicale avec Chérèque, c’est le
vôtre, camarades!
Il faut rappeler la manière dont Sarkozy lui-même a tiré ce bilan lors
de sa dernière intervention télévisée: « Il n’y a pas eu de débordement »,
« Hommage soit rendu aux forces syndicales dans notre pays, nous avons fait
cette réforme sans violence », « Les syndicats ont été responsables », « Eric
Woerth a eu 56 réunions (56, camarades!) avec les organisations
syndicales qui lui ont dit: « nous n’assumerons pas l’impopularité de cette
réforme ». Sarkozy dit vrai: il n’y a eu ni précipitation, ni absence de
concertation, au contraire! Cette contre-réforme est un pur produit de la
concertation.
Le 15 septembre, dans la foulée de la rentrée, les travailleurs ont été
frappés de stupeur par le premier vote de la loi à l’Assemblée. Ce n’était pas
le cas des dirigeants syndicaux: l’ « agenda social » proposé par Sarkozy était
connu depuis le 15 février. Accepter ce calendrier, c’était accepter de
laisser toutes les cartes aux mains de Sarkozy-Woerth, et ce choix, vous l’avez
fait!
Le contenu de la contre-réforme était connu depuis des mois:
tout était déjà écrit dans le document d’orientation soumis par Woerth aux
directions syndicales le 16 mai! Auparavant, le Conseil d’Orientation des
Retraites avait préparé le terrain: les représentants syndicaux y ont siégé
jusqu’au bout! Au lieu de préparer l’affrontement, du 15 février au 15
septembre, c’est à sept mois de concertation intense et continue qu’ont procédé
les directions syndicales!
Pour combattre la contre-réforme, il fallait, pour commencer, en
exiger le retrait. Il n’en a jamais été question au sein de
l’intersyndicale. Le congrès de la CFDT s’est prononcé au contraire pour
l’allongement de la durée de cotisation et le « rapprochement public-privé ». La
direction fédérale peut bien prétendre s’être prononcée pour le retrait:
défendre vraiment ce mot d’ordre, c’était rompre l’alliance avec Chérèque,
rompre avec l’intersyndicale, appeler au front unique, en particulier avec la
CGT et FO, pour le retrait de la contre-réforme. Elle n’en a rien fait!
Pour interdire le vote de la loi, il existait une possibilité:
que les directions syndicales convoquent, dans l’unité, une manifestation
nationale et centrale, massive, à l’Assemblée le jour du vote, pour le
retrait du projet de loi. Cette proposition a été soumise au vote du Bureau
National: elle n’a obtenu qu’une seule voix, celle du courant Front Unique!
D’un côté, des manifestations décentralisées, sans mot d’ordre; de
l’autre, des pseudo-grèves « reconductibles » artificielles et disloquées, des
« blocages » éparpillés, des « actions » sur les ronds-points qui ne pouvaient
aboutir qu’à une chose: faire porter sur les travailleurs eux-mêmes la
responsabilité de la défaite[2].
Là où, malgré tout, cela a pris une certaine ampleur, comme vis-à-vis des
lycéens, le gouvernement a organisé la répression, jusqu’à remettre en cause
frontalement le droit de grève, avec la réquisition des éboueurs ou des
travailleurs des raffineries. L’intersyndicale lui a donné un véritable feu vert
en se prononçant pour « le respect des biens et des personnes » dans son
communiqué du 21 octobre. Si quelque chose a été « réussi » dans ce
processus, c’est qu’à aucun moment, contrairement à ce qui vient de se passer en
Angleterre, les responsables du saccage du pays n’ont été mis en cause ou
inquiétés!
Et aujourd’hui, alors que la concertation a déjà porté ses fruits à
travers le passage de la loi, c’est en relançant la concertation que le
gouvernement Fillon II entend poursuivre son offensive.
Concertation sur les retraites complémentaires, pour prolonger la
contre-réforme; concertation sur le pillage de l’assurance-chômage; concertation
sur l’ « emploi des jeunes », ou plutôt pour leur surexploitation. Dans
l’enseignement public, la contre-réforme annoncée sur le statut des directeurs
d’écoles ou une contre-réforme annoncée des collèges dont le premier mot sera
dicté par le budget anti-ouvrier en cours, avec son cortège de suppressions de
postes, et le dernier mot par la mise en cause des statuts et la déscolarisation
massive des jeunes dès 16 ans.
Je n’énumèrerai pas tous les chantiers en cours. Mais parmi ceux sur
lesquels la fédération va avoir son mot à dire, il y a la concertation annoncée
par Sarkozy sur la « dépendance des personnes âgées », avec une échéance
annoncée dans six mois. Nous y reviendrons: ce qui est programmé, c’est
l’exclusion massive des travailleurs du régime d’assurance-maladie de la
Sécurité Sociale, la remise en cause du droit aux soins médicaux, de
nouveaux prélèvements sur les travailleurs et les retraités, etc. Il n’y a rien
de négociable dans ce cadre.
Il y a une conclusion très nette à tirer de tout cela: entre le
gouvernement et les travailleurs, aujourd’hui la guerre est déclarée. Mais
si le gouvernement est en ordre de bataille, les travailleurs sont aujourd’hui
désarmés. Et s’ils le sont, c’est parce que leur Etat-major syndical, leurs
propres généraux, sont occupés à se concerter avec l’ennemi. Il est temps de
remettre au goût du jour certains passages de l’Internationale à ce
sujet. Il faut rompre la concertation-trahison. Et les collègues auront à
s’organiser pour cela, pour se réapproprier leurs organisations, pour imposer
leurs propres revendications et la constitution d’un véritable front unique des
organisations syndicales sur les débris de l’intersyndicale avec Chérèque.
C’est dans cette perspective que le courant Front Unique interviendra
aujourd’hui.
Intervention de Marie-Claire Saint-Lager: pour la refus
de toute concertation avec le gouvernement Sarkozy-Fillon-Juppé sur la
« dépendance des personnes âgées »
Sarkozy l’a annoncé lors de son intervention télévisée du 16 novembre :
il veut ouvrir « une grande consultation de 6 mois » avec les « forces
syndicales » pour aboutir à l’été 2011 à une loi sur la « dépendance »,
un soi-disant 5è risque,
concept créé de toutes pièces pour les besoins de sa politique de destruction de
la Sécurité Sociale.
Baroin l’a dit : « L’enjeu en matière de financement est de même
ampleur que celui de la réforme des retraites. Il faut trouver 20 milliards».
20 milliards d’euros: la moitié relèverait actuellement de la Sécurité
sociale, 5,4 milliards des collectivités locales à travers l’APA (Aide
Personnalisée à l’Autonomie), etc. …
La raison de cette offensive, le rapport de commande de la députée UMP
V. Rosso-Debord la donne clairement : « Dans le contexte actuel de crise
économique et de déficits budgétaires il apparaît plus que jamais nécessaire de
poursuivre une politique de rationalisation des dépenses de la prise en charge
des personnes âgées ».
D’où viennent ces « déficits », si ce n’est des milliards d’euros
déversés sur les banques pour leur éviter la banqueroute et des exonérations
massives d’impôts dont bénéficient les grands patrons, celui de la Sécurité
Sociale qui correspond à ce que lui doivent patrons et Etat – soit près de 30
milliards d’exonérations en 2009 – et enfin celui des collectivités locales qui
viennent notamment de perdre 7 milliards d’euros de revenu avec la suppression
de la taxe professionnelle qui était payée par les patrons?
Quelles
sont les mesures préconisées par ce rapport et qui visent plus spécifiquement
les travailleurs de plus de 60 ans, pour faire des économies sur leur dos ?
– Une réduction drastique du nombre de
bénéficiaire de l’APA et de son montant pour la transformer en rente viagère au
profit de l’Etat;
– La baisse des pensions et des
retraites avec l’alignement de la cotisation CSG au niveau de celles des
salariés en activité;
– La remise en cause de leur droits aux
soins médicaux et hospitaliers qui passeront sous le contrôle de la Caisse
Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA – agence extérieur à la Sécurité
Sociale) et ce en « partenariat » avec les agences privées (assurances, caisses
de prévoyance … );
– Une politique de « rationalisation
des dépenses de santé » qu’il inscrit ouvertement dans celle à l’oeuvre dans
les hôpitaux, avec la suppression de milliers de lits, de postes, les fermetures
d’hôpitaux. Une proposition à noter de ce rapport: le développement de « la
télémédecine »!
Et il y a surtout cette « proposition » la plus emblématique de ce
projet de « réforme »: la création d’une assurance obligatoire pour les plus de
50 ans. Un vrai racket! Et ce, comme l’écrit Pour, le journal de la FSU
de Novembre, « pour le plus grand profit du groupe Malakoff Mederic de
Guillaume Sarkozy et consorts ».
Alors, un « cinquième risque » ? Non! Il s’agit avec ce projet de
réforme de la « dépendance » d’évincer toute une catégorie de travailleurs de
leur droit à l’assurance maladie, du vol de leur salaire différé qu’ils ont
gagné en travaillant toute leur vie.
Il s’agit d’ouvrir un champ immense aux assurances privées, d’injecter
des sommes énormes dans le circuit du capital et du profit, qui leur échappait !
Mais au-delà, il s’agit du premier acte décisif vers l’objectif
clairement affirmé par Copé de privatisation totale de la protection sociale
Cela n’empêche pas ce même « Pour » d’abonder dans le sens de la
propagande gouvernementale en parlant de « risque dépendance souvent appelé 5ème risque
» et de reprendre à son compte la nécessité « d’un débat sur sa prise en
charge ».
Pourtant Bernadette Groison, dans Le Monde du 23 septembre, se
plaint de « la déferlante de contre-vérités et de fausses négociations du
gouvernement » de « ses fausses évidences ».
Le communique de la FSU du 10 novembre titrait « toujours le mépris
! »
Alors à quoi peut-il servir de demander un tel « débat » à ce
gouvernement qui a déclaré la guerre aux travailleurs et à leurs acquis sociaux?
Ce « débat », l’expérience de la contre-réforme des retraites l’a une
nouvelle fois démontré, n’est rien d’autre que le « dialogue social » qui
pave le chemin des contre-réformes de Sarkozy, les légitime.
Pour mettre un coup d’arrêt à cette politique, il faut rompre le
dialogue social, refuser de participer à la concertation de Sarkozy sur la «
dépendance ». Sarkozy qui le 16 novembre s’est vanté a la télé des 56 rencontres
entre Woerth et les organisations syndicales.
Le CDFN
doit se prononcer pour le retrait de ce projet de « dépendance ».
Sa
responsabilité est d’annoncer d’ores et déjà
– Que la FSU ne participera pas
à la consultation de Sarkozy sur la « dépendance »
– Qu’elle s’adresse aux
confédérations syndicales, CGT et CGT-FO pour qu’elles prennent la même
décision.
Motion: Pour la défense de la Sécurité Sociale
Refus de la participation à la concertation de Sarkozy sur la
« dépendance »
Sarkozy a annoncé lors de son intervention télévisée du 16 novembre
l’ouverture d’une « grande consultation de 6 mois » avec les « forces
syndicales » pour aboutir à l’été 2011 à une loi sur la « dépendance »
Le rapport Rosso-Debord indique les grandes lignes de cette nouvelle
contre-réforme qui vise en premier lieu les travailleurs de plus de 60 ans
– Création d’un « cinquième risque » pour les exclure du régime maladie de
la sécurité sociale ;
– Remise en cause de leur droits aux soins médicaux et hospitaliers qui
passeront sous le contrôle de la Caisse Nationale de Solidarité pour
l’Autonomie (CNSA- agence extérieure à la Sécurité Sociale) et ce en
« partenariat » avec les agences privées (assurances, caisses de
prévoyance) ;
– Mise en place d’une cotisation à une assurance privée dite de
« dépendance » obligatoire au delà de 50 ans ;
Ce rapport prévoit aussi
– une réduction drastique du nombre de bénéficiaire de l’APA et de son
montant pour la transformer en rente viagère au profit de
l’Etat ;
– la baisse des pensions et des retraites avec l’alignement des
cotisations CSG au niveau de celles des salariés en activité.
Le CDFN se prononce pour le retrait du projet du gouvernement Sarkozy Fillon
« dépendance » qui s’inscrit comme une étape décisive vers l’objectif de la
privatisation totale de la protection sociale.
C’est pourquoi il annonce d’ores et déjà
– que la FSU ne participera pas à la consultation de Sarkozy sur
la « dépendance »
– qu’elle s’adresse aux confédérations syndicales, CGT et CGT-FO
pour qu’elles prennent la même décision
(9 pour, 78 contre, 9 abstentions, 16 refus de vote)
Nous adjoignons à cette lettre de liaison l’intervention de Marie
Claire Saint Lager à la CA du SNCS – FSU (Syndicat National de la Recherche
Scientifique). L’enjeu de l’entreprise de privatisation de l’Université et de
la Recherche concerne en effet tous les personnels de l’Education nationale.
Compte-rendu Front unique – CA du SNCS-FSU –
26 novembre 2010
La discussion de
cette Commission Administrative du SNCS a été centrée sur deux points :
1/ Le bilan sur la contre-réforme des retraites : Front Unique est
intervenu sur la même orientation qu’Yvon Breda au CDFN de la FSU du 24
novembre, nous vous y renvoyons
2/ Les Idex : voici ci-dessous la synthèse des interventions Front
Unique dans ce débat et la motion que notre courant a soumise.
Contre la privatisation des universités et de la recherche publique.
Comment combattre les Idex ?
Le Grand Emprunt
a été conçu pour être un instrument de la privatisation de la recherche publique
et de l’enseignement supérieur. Financé par les coupes sombres dans les budgets
sociaux et dans la recherche, il s’ajoute aux milliards d’euros déjà déversés
sur les banquiers pour les sauver de la banqueroute. Et ces banksters vont être
doublement bénéficiaires: une première fois avec le financement du coût de
l’emprunt que l’Etat va leur faire et une deuxième fois grâce aux universités
qui devront y placer leur dotation en capital pour se financer avec les intérêts
que ces mêmes banquiers voudront bien leur accorder.
Le gouvernement
Sarkozy-Pecresse avance au pas de charge, les appels d’offre Equipex,
Labex, … se sont succédé à un rythme effréné depuis la rentrée, mais le
point d’orgue de la politique gouvernementale est la mise en place des 5 à 10
Idex (« Initiative d’Excellence » nouvelle appellation des
« campus d’excellence ») qui devront chapeauter le tout.
Les conseils
d’administration des universités sont actuellement à pied d’œuvre : ils
préparent les dossiers pour répondre à l’appel d’offre, qui devront être remis
début janvier 2011. Sous l’égide des lobbies patronaux, de leurs émissaires à
travers les collectivités locales et même des pressions directes du plus haut de
l’Etat comme pour le « campus de Saclay », ils définissent les contours de ces
Idex en se conformant aux principaux critères « d’excellence » établis
par le gouvernement Sarkozy-Pecresse: « compétitivité », « partenariat public
privé » (PPP) et « gouvernance ».
Cela se traduit par :
Des restructurations-fusions-destructurations, avec des pans entiers de la
recherche et de l’enseignement sacrifiés avec leurs moyens amputés au profit des
projets de l’Idex qui seront prioritaires [en clair: les perdants
payeront pour les gagnants
L’exacerbation des rivalités et de la « culture du résultat » avec l’intégration
dans les Idex des projets de labos ou d’équipes sélectionnés en fonction
de la note donnée par l’agence d’évaluation (AERES), ou de chercheurs sur la
base de leur « productivité » (indicateur bibliométrique, brevets, contrats …).
Le partenariat public-privé qui orchestre un véritable détournement des fonds
publics au profit des grands trusts (pharmaceutiques, pétroliers …) et qui va
permettre à Bouygues, Vinci et autres patrons du CAC40 de faire des opérations
immobilières sur le dos des universités;
La privatisation directe des universités puisque les Idex devront être
« gouvernés » par des FCS (Fondation de Coopération Scientifique), c’est-à-dire
des fondations de droit privé sous le contrôle des patrons et de leurs lobbies ;
Les recrutements de ces fondations se feront sous forme de CDD (chaires
d’excellence, post-docs, vacataires …) ; celles-ci prendront le contrôle de la
gestion des personnels qui leur seront affectés à l’Idex et veilleront à
l’application des engagements pris dans les appels d’offres.
Ces Idex signent
l’arrêt de mort de l’enseignement supérieur public et national, de l’université
gratuite, des ESPST (organismes publics de recherche) dont le sort est de plus
en plus étroitement lié aux universités (voir le contrat CNRS-CPU). C’est la fin
programmée de toute recherche et tout enseignement indépendants des lobbies
industriels. Ils seront un instrument de la précarisation des emplois pour les
personnels et pour la jeunesse étudiante. Le tout récent accord MEDEF- CPU donne
le la : les universités vont devenir d’immenses réserves de travailleurs
sous-payés et exploitables à merci avec le développement massif des stages.
Avec le financement des
Idex sous forme de dotation en capital, dont seuls les intérêts seront
consomptibles, le gouvernement a là le moyen de réduire le budget de l’Etat qui
va être progressivement remplacé par ces intérêts. Ce principe a déjà commencé
puisqu’en 2011 le budget récurrent des laboratoires va baisser de près de 15%
-en moyenne-. Mais surtout ce mode de financement va soumettre laboratoires et
universités directement aux lois des marchés financiers. Le cas de Harvard, 1ère
au classement de Shanghai, illustre les menaces que ce financement fait peser
sur les étudiants et les personnels. Cette université américaine privée s’est
distinguée par l’ampleur de ses pertes dans la crise financière en 2008: 11
milliards $ sur 30 de capital. Et qui a payé? Ce sont justement étudiants et
personnels par un plan de réduction des coûts avec des licenciements, des
suppressions d’enseignement et de pans entiers de la recherche, l’envolée des
droits d’inscription etc. … Alors que la crise du capitalisme ne cesse de
prendre de l’ampleur, avec la mise en place de la «Responsabilité,
Compétences élargies » de telles catastrophes sont inscrites dans la
fondation des Idex.
C’est pourquoi notre
syndicat se doit de prendre une position claire :
Se prononcer contre la création des Idex, contre le passage de
l’université et des unités de recherche sous la coupe de fondations de droit
privé.
Exiger l’arrêt immédiat de leur mise en place, l’attribution des budgets sous
forme récurrente pour les laboratoires et les universités et des recrutements
statutaires à hauteur des besoins.
Mais telle n’est pas la
prise de position qui nous est proposée dans la motion Générale soumise à cette
CA. A peine cette question est-elle évoquée. Par contre, ce texte propose
d’appeler à la mobilisation qui « doit s’inscrire dans la définition d’un
nouveau projet pour l’enseignement supérieur et la recherche publique ».
Alors que le
gouvernement est en ordre de bataille contre nous, la direction du SNCS ne
trouve rien de mieux que de préparer avec le SNTRS-CGT un nouveau projet.
Mais pour le discuter avec qui ? Avec notre ennemi, ce gouvernement qui est en
guerre contre nous !
Plusieurs intervenants
ont dit ici le profond malaise de nos collègues, qui savent que tous ces projets
de Labex, Equipex et Idex « détruisent tout », mais
qui, désarmés se résignent « car s’ils ne le font pas, ils sont morts ».
Le projet de motion
générale les appelle à se mobiliser pour s’opposer à la politique du « Grand
Emprunt ». Comment ?
En chœur avec le texte
intersyndical «appel à résistance », cette motion déclare: « demandons
à nos conseils de prendre publiquement position contre ces restructurations ».
Ces mêmes conseils d’Administration des universités qui aujourd’hui sont la
cheville ouvrière de la mise en place des Idex ?
Ce n’est pas avec, mais
contre eux que le combat contre les Idex peut se faire.
La place des
représentants syndicaux ne peut pas être dans les conseils qui discutent,
construisent les Idex, structures de destruction de l’enseignement
supérieur et de la recherche, qui définissent les statuts des fondations privées
destinées à prendre le contrôle des universités, qui sélectionnent unités,
enseignements, chercheurs … remplissant les critères gouvernementaux
« d’excellence ».
Accepter ce cadre,
discuter « d’initiatives d’excellence » qui pourraient aller « dans le
sens de l’amélioration des missions du monde universitaire », – comme le dit
la motion du Congrès de Lyon I cité en exemple dans le texte « appel à
résistance », c’est agiter un leurre, pour justifier une
participation -trahison. C’est désarmer nos collègues, qui n’ont par ailleurs
aucune illusion sur le résultat de telles actions.
En janvier 2011, quand
le ministère aura en main tous les projets d’Idex, élaborés avec la
participation des représentants syndicaux, qu’ils y aient joué le rôle
d’opposition de sa majesté ou que ce soit pour les rendre plus « acceptables »,
le gouvernement pourra se targuer d’avoir organisé la concertation. Il aura
gagné une étape décisive dans son plan de privatisation-destruction de
l’enseignement supérieur et de la recherche publics.
Nous pouvons déjouer
cette manœuvre.
Pour cela la CA du
SNCS doit donner la consigne à ses représentants de boycotter les Conseils
d’Administration auxquels est soumise la mise en place de ces Idex.
Elle doit mandater le BN
du SNCS pour qu’il prenne contact avec les autres organisations syndicales de la
recherche et de l’enseignement supérieur publics (SNESUP, SNASUB, CGT, FO, UNEF
…) pour qu’elles prennent la même décision.
Motion :
Contre la privatisation des universités et de la
recherche publique :
Refus de la participation aux Conseils d’Administration des universités
auxquels est soumise la mise en place de leur structure de destruction :
les Idex
La campagne « d’appel d’offre » Idex dans le cadre du « Grand
emprunt » permet au gouvernement Sarkozy-Pécresse d’orchestrer la
privatisation et la destruction de la recherche et des universités
publiques.
La CA du SNCS-FSU se prononce contre la création des Idex, contre
le passage de l’université et des unités de recherche sous la coupe de
fondations de droit privé. Elle exige l’arrêt immédiat de leur mise en
place, l’attribution des budgets sous forme récurrente pour les laboratoires
et les universités et des recrutements statutaires à hauteur des besoins.
Les Conseils d’Administration des universités ont actuellement pour tâche de
mettre en place ces fondations et de répondre à toutes les exigences du
gouvernement à travers les appels d’offre du « Grand Emprunt ».
C’est pourquoi la CA du SNCS donne la consigne à ses représentants de
boycotter les Conseils d’Administration auxquels est soumise la mise en
place de ces Idex.
Elle mandate le BN du SNCS pour qu’il prenne contact avec les autres
organisations syndicales de la recherche et de l’enseignement supérieur
publics (SNESUP, SNASUB, CGT, FO, UNEF …) pour qu’elles prennent la même
décision.
Pour 1, Contre 14 (dont EE), Abstentions :2 (dont 1 PRSI, l’autre
représentant n’a pas pris part au vote)
[1]
La palme du ridicule revenant à J.
Lefebvre, représentant du courant PRSI, pour qui « Il n’y a
évidemment pas eu de défaite sur la question des retraites » et, au
contraire, « Le gouvernement est en lambeaux »!
[2]
Précision utile: le courant Ecole Emancipée, qui co-dirige la FSU et
dont les militants ont été particulièrement impliqués dans les
opérations de « grèves reconductibles », a précisé dans son unique
amendement au texte « Action » de la direction fédérale qu’il s’agissait
d’obtenir « des reculs » par ce moyen. Des « reculs »…
autrement dit, pas le retrait de la loi!
