Lettre de Liaison N°329 – 13 avril 2022
Lettre de Liaison N° 329 – 13 avril 2022 :
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| Avant le 2ème tour des présidentielles, la responsabilité de la FSU est de se prononcer sans la moindre ambiguïté pour : – Pas une voix pour Macron, pas une voix pour le Pen ! – Rejet intégral des programmes des deux candidats ! – Refus de s’associer sous quelque forme que ce soit à la mise en œuvre de ces programmes : ce qui signifie refus de tout « dialogue social » sur ce terrain ! |
au Bureau national de la FSU, le 13 avril 2022
Les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle ne laissent en présence pour le second tour que Macron et Le Pen : deux candidats bourgeois, deux ennemis jurés des travailleurs et de la jeunesse, deux partisans affirmés de la marche à l’État policier, de la liquidation des libertés démocratiques, des lois et dispositifs anti-immigrés, de la stigmatisation des travailleurs et jeunes issus de l’immigration sous prétexte de « séparatisme ».
En conséquence de l’état de décomposition des partis traditionnels issus du mouvement ouvrier, de la politique d’autodestruction de ces partis par leurs dirigeants, de décennies de prise en charge des contre-réformes par ces partis, les travailleurs et la jeunesse ont été dépossédés par avance de la possibilité de s’exprimer sur leur terrain de classe dans le cadre de cette élection. Une fraction significative s’est réfugiée dans l’abstention, qui atteint un niveau historique dépassé uniquement en 2002. Une autre fraction a cherché à se saisir du vote Mélenchon : mais ce dernier s’est assis sur ces votes dès le soir du premier tour en appelant à refuser toute voix à Le Pen… sans dire mot de la candidature Macron.
Il revient aujourd’hui aux organisations syndicales de sortir les travailleurs et la jeunesse de cette impasse mortifère, en les appelant non pas à choisir quelle corde servira à les pendre, mais bien en préparant le combat contre l’un et l’autre des deux bourreaux.
Pour les travailleurs et la jeunesse, la victoire de l’un ou l’autre des candidats restés en lice est également glaçante : sur aucun point fondamental, les programmes énoncés par l’un ou par l’autre ne s’opposent du point de vue ouvrier ; ils se recoupent sur l’essentiel. C’est le programme commun de toute la bourgeoisie, sur lequel les deux candidats sont en concurrence : à tel point que le ministre de l’Intérieur de Macron, Darmanin, a pu déclarer que Marine Le Pen était « trop molle » à ses yeux.
Le projet de déclaration soumis à ce BDFN par le secrétariat fédéral commence pourtant par isoler la seule candidature dite d’ « extrême-droite » pour la présenter comme un danger vital pour « la république ». Est-ce bien le rôle d’une organisation de défense des travailleurs que de revendiquer la défense de la Vème République, ce régime où tout l’exercice du pouvoir politique est subordonné à la volonté d’un président-Bonaparte ? Et en quoi ce régime serait-il menacé par l’extrême-droite, qui en tire au contraire profit au point de se retrouver aujourd’hui aux portes de l’Élysée ? C’est une forfaiture.
En 2002, puis en 2017, c’est sur le terrain du « front républicain » que les dirigeants des partis et organisations issus du mouvement ouvrier ont accepté de s’effacer, d’appeler à voter pour des ennemis des travailleurs, de leur servir la soupe électorale sous prétexte de « faire barrage » à l’extrême-droite : le résultat, c’est qu’en vingt ans le score de l’extrême-droite a progressé de 14 points. Au cours de ces années, tous les acquis ouvriers ont été mis à mal, la chasse aux immigrés n’a cessé de s’intensifier, la marche à l’État policier n’a cessé de s’accélérer. Voilà les fruits pourris du « front républicain » ; voilà les fruits pourris du « dialogue social » avec la bourgeoisie, sur le terrain de la bourgeoisie, que le « front républicain » prolonge. Et voilà aussi le « terreau » de l’extrême-droite.
Aujourd’hui, tous les travailleurs et jeunes le savent pertinemment : le programme de Macron, c’est le parachèvement de ce travail de destruction des acquis. La retraite à 65 ans ; le pillage de la Sécurité Sociale, la liquidation des droits des chômeurs, le travail obligatoire gratuit pour les bénéficiaires du RSA ; la destruction de la Fonction Publique, des statuts, de l’enseignement public ; la fin du droit aux études etc. Or, la ministre de Macron pour la Fonction Publique, de Montchalin, l’a déclaré sans détour : « la logique (…) c’est de rassembler », il n’y aura « pas de compromis sur les programmes ».
Dès lors, la question est simple : chaque voix supplémentaire portée sur la candidature Macron sera une balle dans le pied de tous les travailleurs ; moins le président élu pourra se prévaloir d’un vaste soutien électoral, meilleures – ou plutôt moins mauvaises – seront les conditions dans lesquelles nous pourrons tenter d’y faire face.
La seule responsabilité des organisations syndicales, c’est de préparer les travailleurs à ces affrontements inévitables.
C’est pourquoi la responsabilité de la FSU est de se prononcer sans la moindre ambiguïté :
– Pas une voix pour Macron, pas une voix pour le Pen ;
– La FSU doit rejeter intégralement les programmes des deux candidats ;
– La FSU doit annoncer dès maintenant qu’elle refusera de s’associer sous quelque forme que ce soit à la mise en œuvre de ces programmes : ce qui signifie refus de tout « dialogue social » sur ce terrain ;
Et ce afin de créer les conditions d’un front uni des organisations syndicales pour permettre aux travailleurs et à la jeunesse de faire face à l’offensive à venir.
Déclaration du courant Front Unique :
A 6 jours des présidentielles, la direction de la FSU signe un accord avec le gouvernement !
Assez du soutien à Macron et à son gouvernement de liquidation des acquis des travailleurs !
Que la direction de la FSU se prononce pour :
Pas une voix pour Macron-Pécresse-Le Pen-Zemmour, aux deux tours de la présidentielle !
Toute honte bue, la direction de la FSU (avec également celles de l’UNSA, de la CGT, de Solidaires, de la CFDT et de la CGC) a signé ce 4 avril un nouvel accord avec la ministre de la FP (le 5ème en moins d’un an). Pourtant, Amélie de Montchalin, au nom du gouvernement Macron-Castex, applique avec le plus grand zèle la loi de transformation de la FP qui anéantit les prérogatives des CAP et aggrave, en particulier, les conditions de travail des agents de la FP territoriale. Et alors que l’inflation atteint des sommets, elle maintient résolument le blocage du point d’indice.
Amélie de Montchalin qui mène une campagne active pour la réélection de Macron, s’est déclarée « très heureuse » de cette signature dans un tweet (ici) avec photo où elle se montre ravie au milieu des signataires. Ce tweet se trouve sur la page d’accueil du ministère de la FP.
Indépendamment du contenu de cet accord de méthode, il faut souligner la volonté des dirigeants syndicaux signataires d’apporter jusqu’au bout – à 6 jours du 1er tour des élections présidentielles ! – leur soutien au gouvernement et à Macron. Et cela, alors que celui-ci affiche ostensiblement un programme de guerre contre les travailleurs, et contre les enseignants en particulier.
Lors du Bureau national de la FSU du 30 mars, les deux tendances qui co-dirigent notre fédération (UA et EE) ont validé cette signature. Au contraire, le courant Front Unique (tout comme les courants URIS et Émancipation) s’y est vigoureusement opposé. Nous publions ci-dessous l’intervention de notre représentant lors de ce Bureau national.
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Intervention du représentant du courant FU au Bureau national de la FSU, le 30 mars 2022
Le projet de texte d’appréciation sur l’accord de méthode prévoyance anticipe sur « des négociations ministérielles (…) dès janvier 2023 pour une mise en œuvre en janvier 2024 ».
Voilà qui a le mérite d’être clair : c’est une véritable profession de foi en faveur de la réélection de Macron qu’il s’agit de signer. On nous dit que la signature d’un accord de méthode n’apporte « aucune garantie » : mais en signant cet accord, au contraire, les directions syndicales apporteraient à Macron toutes les garanties sur le fait qu’elles s’inscrivent par avance dans l’accompagnement de la mise en œuvre de son programme.
Le même Macron a annoncé son projet le 17 mars dernier, au lendemain même du dernier CDFN. Chacun a pu mesurer depuis à quel point il s’agit d’un plan de guerre contre les acquis ouvriers, en même temps qu’un plan complet de démantèlement de l’Éducation Nationale et du statut des enseignants :
– jusqu’à 20h de travaux obligatoires pour les bénéficiaires du RSA, et donc création d’un sous-prolétariat en concurrence avec les travailleurs qui sont encore protégés par ce qui reste de code du travail ;
– recul de l’âge légal du départ en retraite jusque 65 ans
– université payante pour la jeunesse et liquidation des filières non rentables
– feu sur les statuts des fonctionnaires avec l’annonce d’un nouveau « contrat » intégrant une multitude de nouvelles tâches ; liquidation des règles nationales de rémunération et de progression de carrière ;
– liquidation des horaires et des programmes nationaux renvoyés « au local »
– mise en concurrence des établissements et utilisation des parents d’élèves comme masse de manœuvre dirigée contre les enseignants et personnels ;
– un pouvoir de recrutement octroyé aux chefs d’établissement ;
– la liquidation pure et simple de l’enseignement professionnel public.
Dans ces conditions, l’urgence pour la FSU devrait être de rejeter en bloc ce plan de guerre : et ce faisant, de dénoncer les manœuvres de Macron pour engager dès aujourd’hui les concertations sur le terrain de ce programme !
La direction fédérale nous demande au contraire, aujourd’hui, de signer un nouvel accord, « accord de méthode » dont la signification première est de constituer un accord politique avec Macron.
Pour le courant Front Unique, la seule place de ce texte est à la poubelle.
