LETTRE DE LIAISON
des militants combattant pour le Front Unique
des syndicats de l’enseignement public
N°314 – 24 février 2021
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Sous couvert de chasse à« l’islamo-gauchisme »,Vidal confie au CNRS une enquête pour« distinguer cequi relève de la recherche académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion »etprovoque un tollé général.

La responsabilité des directions syndicales de l’ESR :

Appeler à une manifestation devant le ministère de VidalPour exiger l’abandon intégral et définitif de sa « commande »Ni rapport, ni enquête, aucune collaboration, ni implication du CNRSdans cette opération de police politique !

Les déclarations de Vidal : une offensive maccarthyste dans l’ESR, instrumentalisant le CNRS

Dans une interview au JDD du 21 février, Vidal a confirmé que son enquête« contre l’islamo-gauchisme quigangrène l’université »sera bien menée par le CNRS. Elle persiste une semaine après ses déclarations coup detonnerre surCnewsoù elle avait expliqué qu’une telle enquête devait faire le point« sur l’ensemble des courantsde recherche sur ces sujets dans l’université de manière à ce qu’on puisse distinguer de ce qui relève de larecherche académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion. ».

Cette violente attaque a suscité un tollé général de la communauté scientifique, scandalisée par l’utilisation d’unlangage calomnieux propre à l’extrême droite (et néonazie) qui met l’université et la recherche sur le banc desaccusés. Avec cette demande d’ « enquête », Vidal veut franchir un nouveau pas pour le compte dugouvernement qui veut s’arroger le droit de définir le contenu des recherches et lancer une chasse aux sorcièresdigne des années noires du maccarthysme aux États-Unis en suscitant la division, la peur et le soupçon.

En ciblant, les études postcoloniales et décoloniales, les travaux portant sur les discriminations raciales, lesétudes de genre, à l’université, Vidal donne un ton résolument politique à cette menace de censure. Legouvernement Macron-Vidal emboîte ainsi le pas des Bolsonaro au Brésil, Orban en Hongrie, Erdogan enTurquie, et des … suprématistes qui soutiennent Trump !

Dans cette croisade, elle a un allié, le PDG du CNRS, qui dans le communiqué du 17 février, annonce que leCNRS va« participer à l’étude souhaitée par la Ministre ». Tout en affirmant que l’islamo-gauchisme« n’estpas une réalité scientifique », entonnant le même discours que Macron au conseil des ministres du matin, ilassure qu’il s’agit de donner à cette commande un« éclairage scientifique »et« des bases méthodologiques »!Mais à quoi veut-il donner cet éclairage et des bases, s’il n’y a pas de réalité scientifique ? Non, c’est uneattaque directe contre les libertés académiques qui menace particulièrement les sciences sociales et humaines.Mais aussi tous les agents et le CNRS lui-même qui deviendrait aux yeux de tous, un instrument de cette policepolitique dans ses labos et dans les universités.

Dans la logique de la politique du gouvernement Macron-Castex-Vidal contre l’ESR et de leur LPR

L’offensive de Vidal s’inscrit dans l’attaque frontale de Macron lui-même contre l’université. Celui-ci déclaraitle 10 juin 2020 : «le monde universitaire a été coupable. Il a encouragé l’ethnicisation de la question socialeen pensant que c’était un bon filon. …. Cela revient à casser la République en deux ».Blanquer a renchéri enoctobre 2020. Vidal n’a donc pas commis un dérapage hors de contrôle.

« Le Premier ministre Jean Castex reste lui silencieux et Emmanuel Macron garde ses distances. »dit la presse.Ils laissent en première ligne le « soldat Vidal » qui reste droite dans ses bottes, confortée par le soutien ouvertde Darmanin et … du RN et surtout parle chef de l’État qui la maintient à la tête de son ministère.

Ces déclarations se situent dans la logique de la LPR. En effet il y a eu à l’automne la tentative de fairechapeauter cette loi par un article cadenassant les libertés académiques dans le cadre du« respect des valeursde la république »et un autre instaurant un délit« de trouble à la tranquillité »passible de peine de prison pourréprimer toute mobilisation sur les campus. Et même si ce 2èmearticle a été retoqué par la suite, pour des raisonstechniques le recours aux forces de l’ordre contre les mobilisations sur les campus est devenue systématique(Sorbonne, Bordeaux, Saclay, Nanterre …).

La LPR a été promulguée le 24 décembre et le gouvernement a profité de la pandémie pour accélérer sa miseen place. Sous prétexte de crise sanitaire, il a institutionnalisé le distanciel et un fonctionnement en modedégradé qui entraîne l’explosion des heures de travail au-delà des services, la dévalorisation des activités derecherche et d’enseignement. Sa politique fait éclater la pauvreté chez les étudiants et provoque une terriblesélection sociale.Et l’ordonnance qui donne toute latitude pour organiser les examens fac par fac, filière parfilière, matière par matière, ruine le caractère national de leurs diplômes.Les étudiants de la Sorbonne qui sesont opposés à leurs conditions d’examens se sont fait dégagermanu militaripar la police.

L’ « enquête » de Vidal, une pièce constitutive d’un État policier

En fusionnant dans la LPR son plan de destruction de l’ESR avec des mesures liberticides, le gouvernementMacron-Castex-Vidal démontre que sa politique de la matraque et de répression politique lui est nécessaire pourporter les attaques les plus violentes contre la jeunesse et les travailleurs.

Le gouvernement profite de l’état d’urgence sanitaire, indéfiniment prolongé, pour se doter de tout un arsenalde mesures qui sont autant de pièces constitutives d’un État policier : loi « sécurité globale »; décrets liberticideslégalisant notamment le fichage des opinions politiques ; loi « séparatisme », loi raciste et xénophobe. A cela, ilfaut ajouter le traitement inhumain des migrants (expulsés, molestés, privés de tentes et de couvertures par grandfroid …).

Il s’agit de museler, d’interdire toute opposition, tout mouvement contre cette politique ultraréactionnaire.

A bas la commande de Vidal, clé de voûte d’une offensive maccarthyste dans l’ESR

La condamnation de cette tentative de mettre au pas les chercheurs et les universitaires est unanime, àl’université, au CNRS. Cette enquête ne doit pas avoir lieu ! Des milliers d’universitaires, de chercheurs et depersonnels de l’ESR réclament la démission de Vidal.

Hier, Vidal affichait son mépris face à l’opposition à sa LPR, aujourd’hui l’enjeu pour elle est sa mise en œuvre.Dès janvier, elle annulait la qualification au CNU pour le concours de professeurs alors même que les candidatsavaient déposé leur dossier. Le 19 janvier, le ministère a remis aux organisations syndicales le planning serré dela préparation de 22 décrets d’application de la LPR, la plupart dans le cadre de l’application du protocole LPR,pour être promulgués avant l’automne. Tout y passe, primes, CDI, recrutement EC hors qualifications CNU,« réforme » du Comité National (CoNRS), …. Chacun d’eux fait l’objet de discussions – qui se mènent dans laplus grande discrétion – avec le ministère. Signataires ou non du protocole, toutes les organisations syndicalessont conviées à la table des négociations. Quelle victoire pour le gouvernement si même les non signataires,dont la FSU – faisant fi du mandat de leurs syndiqués – se rendent à ces invitations !

Aujourd’hui certaines d’entre elles, comme le SNCS-FSU et le SNESUP-FSU, sous la pression des chercheurset des enseignants, demandent la démission de la Ministre. Comment dans ces conditions, les directionssyndicales peuvent-elles continuer de participer à ces discussions avec Vidal et son ministère ? Comment mieuxdire qu’ils n’en veulent plus sinon de rompre tout dialogue avec elle et son cabinet ? La direction du SNESUPle dit tout de go : il s’agit «remplacer »la ministre Vidal« pour retrouver le chemin du dialogue et que lesdossiers puissent être traités sereinement »or le principal dossier actuel est la préparation … des décrets LPR.Les déclarations de Vidal le prouvent, rien ne peut être obtenu sans affronter ce gouvernement. Le SNCS-FSUs’est prononcé pour l’abandon de l’ « étude » commandée par la Ministre et que le CNRS n’y participe pas. LaFSU et tous les syndicats de l’ESR doivent réaliser l’unité sur ces exigences.

La responsabilité des directions syndicales de l’ESR est d’appeler à manifester devant le ministèrepour exiger : – L’abandon pur et simple de la demande d’enquête de Vidal,

– Aucune implication du CNRS dans cette opération de police politique

Aucune collaboration, sous quelque forme que ce soit, à l’ « enquête » de Vidal !

Obtenir satisfaction sur cette exigence ouvrirait la voie au combat contre toute la politique de Macron-Castex-Vidal dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche.

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